Et maintenant, pour bien regarder les sculptures et décorations de la façade, allons nous asseoir sur l’un des bancs faisant face à la cathédrale et situé exactement au bord du Lustgarten sur le trottoir opposé.
Maintenant concentrons notre attention sur le décor figuré du porche. Regardons les immenses paires de colonnes encadrant le porche central. Nous voyons ainsi une paire de belles statues en bronze gigantesques dressée devant les colonnes à droite et à gauche.
Admirons leur monumentalité et leur fière allure dans leur longue robe antique.
Il s’agit des quatre évangélistes fondus d’après les dessins des sculpteurs Gerhard Janensch et Johannes Götz :
A gauche : Matthieu et Marc
A droite : Luc et Jean.
Les évangélistes, auteurs du Nouveau Testament sont mis ici en étroite relation avec la réforme de Martin Luther. En effet, ce dernier prônait l’importance du texte et souhaitait un retour à la lecture des évangiles sans les apocryphes. C’est à dire sans les textes sur la vie des apôtres, du Christ et des Saints qui furent écrits postérieurement au Nouveau Testament. C’est ainsi que l’une des phrases essentielles dans la religion protestante est « Au commencement était le verbe ». Cette doctrine est mise en image par les 2 bas reliefs de bronze placés sous les 2 groupes de statues des évangélistes. Regardons les un instant !
Sur le bas-relief de gauche, nous voyons un moine debout devant un personnage assis sur un trône et vêtu d’un costume de la Renaissance (manteau à manches bouffantes et large chapeau). Le moine est Martin Luther qui explique ses thèses à Worm devant l’empereur Charles Quint, le personnage assis. Après l’obtention de la maîtrise de droit en 1505, Luther avait rejoint le couvent des Augustins à Erfurt et poursuivi des études de théologie. Devenu moine, il fut promu professeur pour l’enseignement de la Bible.
Mais permettons nous encore un léger rappel historique pour comprendre ce bas-relief et surtout présenter ces Thèses.
Alors que Luther occupe son poste de professeur de théologie à l’université de Wittenberg auprès de l’électeur de Saxe, il s’emporta contre le commerce des indulgences. En Allemagne, ce commerce s’était largement développé pour financer les dépenses souvent princières des évêques et cardinaux. Les indulgences correspondaient à un contrat qui, moyennant finance, rapproche le fidèle du paradis. Et le 31 Octobre 1517, Luther afficha, à la porte de l’église du château de Wittenberg, ses célèbres 95 thèses pour débattre sur la valeur des indulgences. Il ne s’attendait pas à déchaîner une révolution religieuse. Alors pourquoi afficher ses idées sur la porte du château ?? Pendant la Renaissance, il était traditionnel d’afficher à la porte de l’église de l’Université ses questions -ou thèses- pour amener les étudiants et les professeurs à en débattre publiquement. A Wittenberg, l’église du château servait également de chapelle universitaire.
Les thèses de Luther furent aussitôt publiées et rapidement diffusées dans le monde chrétien. Merci Gütemberg !! Lüther fut alors appelé à Rome où il refusa de se rendre par crainte du bûcher. Le 3 janvier 1521, le pape proclama son excommunication.
Ensuite, Charles Quint fit venir Luther pour que ce dernier explique ses thèses et y renonce. Et c’est l’épisode qui est montré sur le bas relief sous nos yeux. Comme Luther restait sur ses positions, il fut aussitôt condamné et sa tête mise à prix en avril 1521.
Regardons maintenant le bas relief de droite aux pieds de Luc et Jean : nous y voyons plusieurs personnes assemblées autour d’une table sur laquelle repose un livre ouvert. Nous pouvons lire les noms de ses personnages représentés sous chacune des figures. Là encore, ils sont vêtus à la mode de la Renaissance. Il s’agit de la présentation par Martin Luther de sa traduction en allemand du Nouveau Testament. Il est accompagné de ses compagnons dont Melanchthon. Ce dernier fut le plus fidèle secrétaire et ami de Luther. Il travaillait jour et nuit à la correction ou à la mise en forme des livres de Luther. Nous distinguons à l’arrière plan de ce relief une muraille crénelée. Elle symbolise la ville de Wittenberg, aujourd’hui dans le Brandebourg, mais qui à l’époque de la Réforme, soit vers 1517 était la capitale de la Saxe. Wittenberg est la première ville à être devenue Luthérienne. Elle est encore aujourd’hui le siège d’une université théologique luthérienne très importante où sont formés beaucoup d’évêques allemands. L’épisode montré ici suit chronologiquement exactement celui représenté sur le bas-relief de gauche. Après avoir quitté Worms, Luther trouva refuge auprès de l’électeur de Saxe qui le cacha dans son château fort de Wittenberg. Pendant cette période, Luther utilisa son temps à traduire le Nouveau Testament. Ce qui fut fait en moins de 4 semaines. Et ensuite, il le fit imprimer et diffuser –avec ses commentaires. Tout cela était une révolution. Car n’oublions pas, qu’à l’époque, la religion restait quand même très nébuleuse pour le peuple. Peu de gens savaient lire et de plus la Bible était en latin. Ainsi, l’endroit où apprendre la religion, était essentiellement l’église. Mais les messes étaient en latin et –qui plus est- elles étaient cachées des fidèles et se tenaient derrière des barrières appelées « jubés ». Bref, à cette masse informe –oserons nous dire- de fidèles, on réussissait à faire gober n’importe quoi et les dogmes, au fil du temps, s’enrichissaient d’ajouts de plus en plus baroques.







