Le Ca’ Dario est un charmant palais, construit en 1487 par Pietro Lombardi, sur le Grand Canal, pour Giovanni Dario, ambassadeur de la Sérénissime à Constantinople. Il jouit encore aujourd’hui d’une réputation sulfureuse. Nombre de ses propriétaires, à commencer par la fille du commanditaire et son mari, Marietta Dario et Vincenzo Barbaro, ont fait en effet faillite ou connu une fin violente et tragique. Sa façade, ornée de médaillons de marbre polychrome en forme de rosace, mérite le détour.
Ca’ Dario : le palais maudit du Grand Canal
Parmi les nombreux palais somptueux qui bordent le Grand Canal, le Ca’ Dario attire immédiatement le regard par son élégance singulière. Construit en 1487 par l’architecte Pietro Lombardo pour Giovanni Dario, ambassadeur de Venise à Constantinople, ce palais de style gothique tardif mêlé d’influences Renaissance se distingue par sa façade en marbre polychrome décorée de médaillons en forme de rosace. Mais au-delà de son esthétique raffinée, ce bâtiment est surtout connu pour sa réputation funeste : une série de tragédies et de malheurs ont frappé presque tous ses propriétaires, lui valant le surnom de « palais maudit ».
Une architecture unique sur le Grand Canal
Le Ca’ Dario est un modèle d’harmonie et de raffinement. Contrairement aux autres palais vénitiens qui misent sur la verticalité et la monumentalité, il adopte une silhouette plus intime et délicate. Son allure asymétrique et sa façade décorée de marbre polychrome rappellent les palais florentins de la même époque, tandis que ses médaillons en forme de rosace lui confèrent une touche orientale, héritée des influences byzantines et ottomanes qui marquèrent Venise à la Renaissance.
Derrière cette élégance se cache pourtant une instabilité structurelle : construit sur des fondations fragiles, le palais penche légèrement vers la gauche, un phénomène qui contribue à son aura étrange et presque irréelle. Depuis le Grand Canal, il semble légèrement déséquilibré, accentuant encore la sensation de mystère qui l’entoure.
Une légende de malédiction vieille de cinq siècles
Dès le XVIe siècle, le palais est marqué par une série de destins tragiques. La première victime de la supposée malédiction fut Marietta Dario, la fille du commanditaire, qui se suicida après la ruine financière de son mari, Vincenzo Barbaro. Depuis, une succession de propriétaires ont connu des faillites, des morts violentes ou des scandales :
- En 1832, Arbit Abdoll, un riche armateur arménien, acheta le palais avant de faire faillite peu après.
- En 1896, Rawdon Brown, un historien anglais passionné par Venise, y vécut avant de se suicider.
- En 1970, le comte Filippo Giordano delle Lanze fut assassiné à l’intérieur du palais par son amant.
- Dans les années 1980, Christopher Lambert, un riche homme d’affaires américain, mourut dans un accident de voiture après avoir acheté la demeure.
- En 1993, John Entwistle, bassiste du groupe The Who, souhaitait acquérir le palais, mais recula après avoir découvert sa réputation.
- Dans les années 2000, Woody Allen s’y intéressa brièvement, mais renonça à son achat, effrayé par son histoire.
À chaque changement de propriétaire, la liste des malheurs s’allonge, renforçant la légende d’une malédiction qui pèserait sur le palais. Certains avancent que l’inscription latine gravée sur la façade, “Urbis Genio Joannes Darius”, cache un message funeste : en réarrangeant certaines lettres, on obtiendrait l’avertissement “Sub ruina insidiosa genero” (J’engendre des ruines insidieuses).
Un palais mystérieux et inaccessible
Aujourd’hui, le Ca’ Dario reste une propriété privée et ne se visite pas, ce qui ne fait qu’accroître son mystère. Il est régulièrement mis en vente, mais trouve difficilement preneur en raison de sa réputation inquiétante. Depuis le Grand Canal, il reste néanmoins l’un des palais les plus fascinants à observer, notamment au coucher du soleil, lorsque la lumière dorée met en valeur les nuances de son marbre.
Malgré son histoire tragique, le Ca’ Dario continue de captiver les visiteurs et les passionnés d’énigmes. Est-il réellement maudit ou s’agit-il simplement d’un enchaînement de coïncidences malheureuses ? Quoi qu’il en soit, il reste l’un des palais les plus envoûtants et mystérieux de Venise, témoin silencieux des grandeurs et des drames qui ont marqué la Sérénissime.







