La plaine de la Crau s’étend à l’est d’Arles jusqu’à Salon de Provence, puis vers sud et le rivage de la mer. La Crau correspond à l’ancien delta de la Durance, à l’époque reculée où celle-ci était encore un fleuve, il y a 4 millions d’année. Le fleuce s’est retiré ne laissant que des milliers de galets drainés par son cours, puis le climat chaud et sec de Provence s’est chargé d’assécher tout cet espace, riche cependant des limons contenus dans le sol. A la longue, la plaine est devenue aride et plane, formant une vaste steppe de 600 km². Ces steppes, localement appelées coussouls, servent depuis fort longtemps de pâturage à des centaines de milliers de moutons, hors période de transhumance vers les Alpes, à partir de l’été.
Une partie de ce territoire est classé réserve naturelle : la surface occupée par les steppes perd en effet toujours un peu plus de terrain face aux activités agricoles (qui engendrent une irrigation) et industrielles qui qui rongent la Crau, dont le milieu naturel si particulier a vu se développer une faune et une flore unique. Pour en connaître plus long sur la Grande Crau, un écomusée, non loin de Saint-Martin-de-Crau, est aménagé dans une ancienne bergerie, et doté d’un observatoire.
La Grande Crau : désert vivant de Provence, entre pastoralisme et écosystème rare
Écrin géologique et naturel méconnu, la Grande Crau est l’un des paysages les plus singuliers de la Provence, bien loin des images de pinède ou de lavande qui caractérisent souvent la région. Située entre Arles, Salon-de-Provence et le rivage méditerranéen, cette plaine de 600 km² s’étire comme un immense tapis caillouteux, témoin silencieux d’une histoire géologique vieille de plusieurs millions d’années. Ancien delta fossile, terre de transhumance et dernière steppe semi-aride d’Europe occidentale, la Crau surprend par sa rudesse, son dépouillement, mais aussi la richesse écologique qu’elle abrite.
Une origine géologique exceptionnelle
Il y a environ 4 millions d’années, la rivière Durance ne se jetait pas dans le Rhône comme aujourd’hui, mais formait un vaste delta, charriant des quantités immenses de galets, de sables et de limons depuis les Alpes. Lorsque le fleuve modifia son cours, il laissa derrière lui un socle caillouteux d’une épaisseur pouvant atteindre 15 mètres par endroits : un “reg” provençal, comparable aux plateaux pierreux des déserts sahariens.
Le climat méditerranéen, chaud et sec, a ensuite façonné ce paysage minéral, où l’eau de surface disparaît immédiatement dans les profondeurs. Le résultat est une plaine d’une platitude remarquable, dont l’aridité tranche avec la fertilité des terres voisines de la Camargue.
Un milieu naturel unique en Europe : les coussouls
Ces vastes étendues planes sont appelées localement coussouls. Il s’agit de steppes sèches, recouvertes d’une végétation basse, adaptée à l’extrême pauvreté du sol : fétuques, immortelles, thym, astragales, et quelques rares espèces endémiques, qui parviennent à pousser entre les galets chauffés au soleil.
Ce biotope accueille une faune tout aussi spécialisée :
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L’outarde canepetière, oiseau rare et emblématique de la steppe, menacée par la disparition de son habitat
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Le ganga cata, oiseau saharien dont la Crau est l’un des rares sites de nidification en Europe
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De nombreuses espèces de reptiles, d’orthoptères, de rapaces (busards, faucons) et de chauves-souris
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Une diversité d’insectes étonnante, notamment des papillons et des coléoptères endémiques
Cette biodiversité remarquable est aujourd’hui sous haute protection, en particulier dans la Réserve Naturelle des Coussouls de Crau, un espace classé de 7 400 hectares géré par le Conservatoire des Espaces Naturels de PACA.
Un territoire modelé par le pastoralisme
Depuis des siècles, la Crau est liée à l’élevage ovin extensif, à travers le système de transhumance. Chaque année, de 300 000 à 400 000 moutons viennent y pâturer de l’automne au printemps, avant de rejoindre les alpages des Alpes en été. Cette activité agricole, pourtant rudimentaire, est un facteur clé de la préservation du milieu : le piétinement des bêtes, leur fertilisation naturelle et le broutage sélectif permettent de maintenir l’équilibre fragile de la steppe.
Par ailleurs, une partie de la plaine est irriguée par des canaux venus de la Durance, ce qui permet la culture du foin de Crau, seule production fourragère française à bénéficier d’une AOP (Appellation d’Origine Protégée). Ce foin, issu des prairies alluviales de la Crau humide, est très prisé dans le monde équin pour sa richesse nutritive exceptionnelle.
La Crau est donc un territoire agricole vivant, où élevage, culture et préservation écologique cohabitent, dans un modèle d’équilibre encore fragile.
Une nature menacée par la pression humaine
La Grande Crau fait aujourd’hui face à une réduction constante de sa surface naturelle. Plusieurs menaces la grignotent :
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L’expansion de l’agriculture irriguée, qui transforme les coussouls en prairies artificielles
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Le développement industriel et logistique (proximité de Fos-sur-Mer et de l’étang de Berre)
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La fragmentation du paysage par les routes, lignes électriques, clôtures et infrastructures
Ce mitage compromet la connectivité écologique de la steppe et met en péril les espèces les plus sensibles. D’où l’importance de la Réserve naturelle, mais aussi des zones tampons et des plans d’action pour les espèces menacées portés par les scientifiques et les éleveurs eux-mêmes.
Découvrir la Crau : une approche respectueuse
Pour mieux comprendre cet environnement unique, il est possible de visiter l’écomusée de la Crau, situé à Saint-Martin-de-Crau, dans une ancienne bergerie réhabilitée. Ce centre d’interprétation propose :
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Une exposition permanente sur l’histoire géologique et humaine de la Crau
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Une maquette 3D du territoire
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Des documents sur le pastoralisme et les espèces emblématiques
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Un observatoire ornithologique pour repérer les outardes et autres oiseaux de steppe
Des visites guidées sur réservation permettent d’entrer dans la réserve naturelle (accès réglementé pour protéger les milieux). Plusieurs sentiers balisés autour de Saint-Martin-de-Crau offrent aussi une première approche du paysage, notamment au Mas de la Vignolle.
Informations pratiques
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Écomusée de la Crau :
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Adresse : Chemin de la Chapelette, 13310 Saint-Martin-de-Crau
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Ouverture : du mardi au samedi (hors vacances scolaires : mercredi et samedi)
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Entrée payante modique
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Visites guidées et sorties ornithologiques sur réservation
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Réserve Naturelle des Coussouls de Crau :
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Accès réglementé (accompagnement recommandé)
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Meilleure période : printemps (mars à juin), pour la flore et l’observation des oiseaux
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Hébergement : plusieurs gîtes et chambres d’hôtes dans les environs de Saint-Martin-de-Crau et Arles
Conseils de visite
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Évitez les heures chaudes en été : le soleil tape dur, peu d’ombre sur les coussouls
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Apportez jumelles, chapeau, crème solaire, gourde d’eau
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Restez sur les sentiers : le milieu est fragile, les oiseaux sensibles au dérangement
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Associez la visite de la Crau à celle de la Camargue ou des Alpilles, pour une vision complète des paysages du delta du Rhône