Le Bassin de Neptune est à la fois colossal et d’un goût très moyen. On reconnaîtra Cosme 1er sous les traits de Neptune et vous verrez aussi que les faunes et les naïades ont un petit air canaille. Cette fontaine célébrait le statut nouveau de puissance maritime de Florence.
La Fontaine de Neptune, symbole du pouvoir maritime de Florence
Située sur la Piazza della Signoria, en plein cœur historique de Florence, la Fontaine de Neptune est l’une des œuvres monumentales les plus imposantes et controversées de la ville. Conçue pour célébrer la suprématie maritime de Florence sous le règne de Cosme Ier de Médicis, elle se distingue par ses proportions colossales et son esthétique parfois jugée maladroite. Pourtant, derrière ses formes exagérées et son exécution inégale se cache une œuvre chargée de symbolisme et d’histoire.
Une commande prestigieuse pour glorifier la puissance de Florence
L’idée de la fontaine naît en 1559, lorsque Cosme Ier de Médicis, premier grand-duc de Toscane, souhaite doter Florence d’une fontaine digne de sa puissance. À cette époque, la ville, bien que située à l’intérieur des terres, développe une marine et s’impose comme une force influente en Méditerranée grâce à son contrôle sur le port de Livourne.
Le projet est confié à Bartolomeo Ammannati, sculpteur maniériste influencé par Michel-Ange, et à ses assistants, dont Gian Bologna. L’inauguration de la fontaine a lieu en 1575, lors du mariage de François Ier de Médicis avec Jeanne d’Autriche, scellant ainsi l’alliance entre Florence et la maison impériale.
Neptune, un Cosme Ier divinisé
La statue centrale de la fontaine représente Neptune, dieu romain des mers, debout sur un char tiré par des chevaux marins. Son visage, inspiré des traits de Cosme Ier de Médicis, illustre la volonté du grand-duc d’être perçu comme un souverain puissant et maître des eaux, à l’image de la République de Venise.
Cependant, cette figure colossale n’a pas fait l’unanimité. Dès son installation, les Florentins la surnomment ironiquement “Il Biancone” (Le Grand Blanc) en raison de son marbre pâle et de sa posture rigide. Contrairement aux statues florentines classiques, elle manque de dynamisme et semble figée dans une solennité un peu forcée.
Un bassin peuplé de créatures mythologiques
Si la figure centrale de Neptune est imposante, c’est le bassin sculpté qui attire le plus l’attention. Autour du dieu des mers, on retrouve une galerie de personnages aquatiques, tous plus expressifs les uns que les autres :
- Des faunes aux regards espiègles, à l’air malicieux et moqueur, contrastent avec la solennité de Neptune.
- Des naïades séductrices, figures féminines mythologiques associées aux eaux douces, adoptent des poses sensuelles et semblent taquiner les passants du regard.
- Des chevaux marins, à la musculature exagérée, semblent surgir du bassin, créant un effet de mouvement saisissant.
Ce décor animé tranche avec la rigidité de Neptune et illustre le maniérisme florentin, un style artistique qui aime jouer avec les contrastes et les exagérations.
Une œuvre moquée, mais précieuse
Si la Fontaine de Neptune n’a jamais conquis totalement les Florentins, elle reste un témoignage majeur du mécénat des Médicis et du maniérisme florentin. Elle a aussi survécu aux vicissitudes du temps : endommagée à plusieurs reprises, vandalisée au XXe siècle, restaurée avec soin, elle continue aujourd’hui de dominer la Piazza della Signoria.
En la regardant de près, on comprend pourquoi elle divise : monumentale mais figée, majestueuse mais moquée, elle incarne une époque où l’art florentin cherchait à se réinventer après la Renaissance. Plus qu’une simple fontaine, elle raconte l’ambition des Médicis et leur désir d’élever Florence au rang des grandes puissances maritimes.
Ainsi, même si son esthétique peut prêter à sourire, la Fontaine de Neptune reste un incontournable de la ville, une œuvre fascinante par son contexte et son exécution, à admirer avec un regard aussi curieux qu’amusé.







