C’est le coeur du théâtre et sa partie la plus ardue selon Garnier : le lieu où se marient l’art de l’architecture et la science de l’acoustique. Après avoir étudié toutes les grandes salles d’Europe, Garnier conclut que cette forme de fer à cheval était la meilleure pour accorder les exigences contradictoires d’acoustique et de vision.nSi nous associons aujourd’hui la couleur rouge au théâtre, ce n’était pas le cas à l’époque : les théâtres de Paris étaient blancs, bleus, oranges, verts. Garnier enroba sa salle de rouge car c’était selon lui la couleur qui seyait le mieux au teint des femmes. L’architecte était convaincu que les couleurs de la salle influaient sur la psychologie humaine et plaçaient le spectateur dans un état propice à accueillir le spectacle : si la musique des sons était grande, elle l’était encore plus grâce à ce qu’il appelait la musique des tons.
Sur les côtés, les loges : on sait à quel point la vie mondaine se jouait dans les salles de théâtre. On recevait ses amis dans les loges et, à cette fin, celles des trois premiers rangs étaient précédées de petits salons, situés derrière des rideaux que l’on pouvait refermer.nLe plafond d’origine peint par Eugène Lenepveu en 1872 représentait Le Triomphe de la Beauté, charmée par la Musique au milieu des Heures du jour et de la nuit. En 1960, sur demande d’André Malraux alors ministre des Affaires culturelles, il fut recouvert par le plafond de Marc Chagall qui fit comme un souffle de fraîcheur et remit le Palais Garnier à la mode. Ce plafond évoque de grands compositeurs d’opéra dans un univers étrange, peuplé de leurs personnages.
Est-ce la Musique qui les porte ? Tous semblent flotter à l’intérieur d’une sphère, comme libérés des pesanteurs de notre monde. La palette de couleurs, acides et chatoyantes, est moins en rupture avec l’esthétique de Charles Garnier qu’on pourrait le croire : c’est un hommage à un architecte qui était avant tout un amoureux des couleurs. Après avoir peint ce chef-d’oeuvre Chagall refusa d’être rémunéré par l’Etat.nSi la salle frappe aujourd’hui par la profusion du velours et des dorures, elle restait pourtant relativement sobre en comparaison des autres salles de l’époque : Garnier était conscient qu’il réalisait un écrin destiné avant tout à accueillir des spectacles ; une salle doit savoir s’effacer lorsque la lumière s’éteint, de la même façon que l’orchestre s’efface après l’ouverture pour laisser entendre le spectacle… Aujourd’hui, c’est l’un des meilleures salles de spectacles à Paris.







