Pour Charles Garnier, cet escalier constituait le vrai coeur de son théâtre. L’architecte sut habilement jouer du contraste dramatique qui nous saisit lorsque l’on passe des galeries ou du vestibule, relativement bas de plafond, à ce monument de trente mètres de hauteur. Prêtant une attention toute particulière aux effets psychologiques que peut produire un édifice, Garnier affirmait qu’une salle élevée inviterait le visiteur à élever son regard. Et que trouve-t-on au sommet de cette élévation ? Apollon, Orphée, l’Olympe, qui, depuis les plafonds peints, semblent adresser un message au visiteur de ces lieux : ici, vous quittez la ville pour entrer dans le monde éthéré des Arts. C’est avant tout un monde de coloris, apportés par la grande variété des marbres : blanc, gris, jaune, vert, rouge, rose, violet… ; une profusion de couleurs qui s’empare aussi des statues : Garnier s’est battu pour imposer la polychromie dans son Palais, face aux défenseurs de la monochromie dont le chef de file était Delacroix.nEt si l’architecte se préoccupait autant des effets dramatiques que produirait son monument, c’est qu’il était dramaturge dans l’âme, jusqu’à concevoir son escalier comme un gigantesque théâtre dans le théâtre : les galeries creusées autour de son grand escalier esquissent la forme d’une salle à l’italienne. A chaque étage, des balcons avancent au dessus du vide pour permettre aux spectateurs d’admirer les nouveaux venus : il y a deux théâtres au Palais Garnier – celui de la salle de spectacle où se jouent les passions et celui-ci où se jouent chaque soir les scènes de la vie sociale. Garnier était bien conscient du cadre spectaculaire et théâtral qu’offrait son escalier : en amoureux fou de l’Art lyrique, il rêvait de voir le cortège de La Juive gravir ces degrés ou le corps de Ballet s’éparpiller à travers les étages.

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