Au n58, se dresse la cité Napoléon, dont les immeubles font partie de ce qu’on pourrait appeler “le plan social” de l’empereur. Construite entre 1849 et 1853, la cité avait pour but de fournir aux ouvriers peu fortunés de la capitale, des logements décents et sârs, avec parties communes pour la toilette, lavoir, visite de médecin et surveillance du respect des bonnes moeurs. A voir La cité Napoléon A proximité La basilique du Sacré-Coeur et la butte Montmartre Le magasin Tati La place Pigalle et le Boulevard de Clichy
Une rue aux multiples visages entre Montmartre et Pigalle
La rue de Rochechouart, qui serpente entre les 9ᵉ et 18ᵉ arrondissements de Paris, constitue l’un de ces axes méconnus où le Paris populaire, le patrimoine social, et la vie de quartier vibrent encore avec intensité. Ni totalement montmartroise, ni résolument haussmannienne, elle trace un lien entre les hauteurs de la Butte et les quartiers vivants de Pigalle. C’est une rue de transition, où le passé ouvrier côtoie les commerces d’aujourd’hui, et où l’histoire sociale de la capitale s’affiche discrètement dans la pierre, notamment au numéro 58, avec la remarquable Cité Napoléon.
La Cité Napoléon : un manifeste social avant l’heure
En plein cœur de la rue Rochechouart, au n°58, se dresse un ensemble architectural aux allures sobres mais ambitieuses : la Cité Napoléon, construite entre 1849 et 1853 sous l’impulsion du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III. À une époque où Paris connaît une urbanisation rapide et désorganisée, ce projet marque une tentative pionnière de répondre à la question du logement ouvrier dans un cadre sain et encadré.
Commandée par la Société philanthropique, avec le soutien de l’État, la Cité Napoléon est l’un des tout premiers ensembles de logements sociaux collectifs à Paris. Son ambition est claire : offrir des habitations salubres, abordables et surveillées à des ouvriers vivant jusque-là dans des conditions insalubres et précaires. Cette idée — fournir un logement décent pour améliorer les mœurs, la santé et la productivité — s’inscrit dans un contexte où la classe ouvrière parisienne grandit sans bénéficier des infrastructures nécessaires.
Le complexe est composé de plusieurs corps de bâtiments articulés autour d’une cour centrale, avec escaliers communs, points d’eau partagés, lavoir, toilettes collectives, et même un espace pour les visites médicales. Un gardien était chargé de surveiller la propreté et le respect des règles de vie, dans un esprit paternaliste mais aussi protecteur. L’architecture, sans ostentation, traduit une forme de modernité sociale : grandes fenêtres, ventilation naturelle, matériaux durables, avec une structure en brique et pierre typique de l’époque.
L’ensemble est aujourd’hui classé monument historique, et reste un exemple fondamental dans l’histoire du logement social français. Il a inspiré bien des initiatives ultérieures, notamment les cités-jardins de la fin du XIXᵉ siècle et les HBM (Habitations à Bon Marché) de l’entre-deux-guerres.
Une rue animée, entre commerce populaire et patrimoine
La rue Rochechouart est vivante et éclectique, mêlant commerces de proximité, boutiques anciennes, brasseries populaires et hôtels de quartier. L’ambiance y oscille entre celle d’une artère de passage, très fréquentée par les habitants du nord parisien, et celle d’un parcours historique ponctué de bâtiments remarquables, de détails architecturaux et de souvenirs d’un Paris populaire en voie de transformation.
Le nom de la rue rend hommage à Marie-Madeleine de Rochechouart, abbesse érudite de Fontevraud au XVIIᵉ siècle, bien que la rue, dans son tracé et son usage, évoque davantage les énergies industrielles et commerçantes du XIXᵉ siècle.
Ce qu’il faut voir à proximité
La rue Rochechouart est aussi bien placée pour rayonner vers plusieurs lieux emblématiques du nord de Paris. Voici quelques idées de visites ou de balades à combiner avec la découverte de la Cité Napoléon :
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La basilique du Sacré-Cœur et la butte Montmartre, à dix minutes de marche en montant par la rue de Steinkerque ou la rue des Martyrs. C’est l’occasion de découvrir un Montmartre moins touristique, en attaquant la butte par ses flancs.
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Le magasin Tati (bientôt reconverti, mais encore visible), à Barbès, institution du commerce à bas prix qui a marqué des générations de familles parisiennes. Son logo rose vif, ses slogans mythiques et sa mixité sociale en faisaient un repère urbain unique.
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La place Pigalle et le boulevard de Clichy, tout proches, offrent une tout autre ambiance, plus festive, parfois canaille, toujours colorée. C’est ici que l’on croise les néons du Moulin Rouge, les cabarets, les disquaires, mais aussi de bons restaurants de quartier.
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La rue des Martyrs, qui débute à quelques encablures, est une autre artère pleine de charme, réputée pour ses commerces gourmands (fromagers, pâtissiers, librairies, antiquaires) et sa montée en pente douce vers le cœur de Montmartre.
Conseils de visite et expériences à ne pas manquer
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Visite de la Cité Napoléon : même si l’intérieur est aujourd’hui à usage résidentiel, on peut pénétrer dans la cour en journée. Prenez le temps d’observer la disposition des bâtiments, les escaliers, les galeries à balustres, et le système de distribution d’eau à l’ancienne. Un panneau explicatif placé à l’entrée rappelle le rôle social et architectural du lieu.
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Meilleur moment pour explorer la rue : le matin, avant que l’agitation commerciale ne batte son plein, ou en fin d’après-midi, quand la lumière rasante souligne les détails des façades.
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Pause gourmande : arrêtez-vous chez KB CaféShop, un peu plus haut, pour un excellent café de spécialité, ou chez Mamiche, boulangerie très appréciée des riverains.
Une rue à redécouvrir avec un œil curieux
La rue de Rochechouart mérite une attention que son aspect utilitaire ne suggère pas immédiatement. Elle raconte une histoire sociale méconnue, incarne un Paris de la transition, et permet, par sa position stratégique, de relier plusieurs univers urbains : le Montmartre des artistes, le Pigalle des nuits, le Barbès des commerces, et le Paris populaire en mutation. C’est une rue à vivre, mais aussi à lire, à écouter, à photographier.







