Le monastère bénédictin S. Ilario di fusina fait son apparition au IX° siècle sur l’île de S. Lazzaro degli Armeni, sur laquelle est ensuite construit un hôpital pour lépreux. En 1348 est édifiée l’église dédiée à San Lazzaro. Passée aux mains des dominicains et des jésuites, elle est utilisée en 1678 pour y construire des armements.
Au XVIII° siècle, des moines arméniens enfuis de la Morée après l’invasion turque y fondent un ordre religieux et un monastère sous la houle de Pierre Mechitar, ainsi qu’une bibliothèque qui devint le centre de culture arménienne de la diaspora, contenant de très vieux manuscrits que ceux-ci se sont efforcés de réunir. A voir: La fresque de Tiepolo située dans la bibliothèque, ainsi que des oeuvres de Palma il Giovane
Le Monastère Méchitariste : Trésor spirituel et culturel de l’île de San Lazzaro degli Armeni
Sur la paisible île de San Lazzaro degli Armeni, au large de Venise, se dresse le Monastère Méchitariste, un lieu emblématique qui allie spiritualité, histoire et culture. Fondé au XVIIIᵉ siècle par des moines arméniens en exil, ce monastère n’est pas seulement un refuge religieux, mais également un centre culturel d’une immense richesse. Chargé d’histoire, il abrite des trésors artistiques, une bibliothèque exceptionnelle et des œuvres d’art qui témoignent de siècles d’héritage arménien et vénitien.
Un passé ancré dans l’histoire de Venise
Avant de devenir un bastion de la culture arménienne, l’île de San Lazzaro degli Armeni a une histoire qui remonte au IXᵉ siècle. À cette époque, elle accueille un monastère bénédictin, San Ilario di Fusina, avant d’être transformée en hôpital pour lépreux au XIIᵉ siècle, comme en témoigne son nom faisant référence à Saint Lazare, patron des lépreux.
L’église actuelle dédiée à San Lazzaro est érigée en 1348 et marque une étape importante dans l’histoire de l’île. Par la suite, l’île connaît divers usages, notamment à des fins militaires lorsque des armements y sont construits en 1678. Ce n’est qu’en 1717 que l’île prend un nouveau tournant avec l’arrivée des moines arméniens fuyant la Morée (actuelle péninsule du Péloponnèse), sous l’impulsion de Pierre Méchitar.
La fondation du monastère arménien
Pierre Méchitar, moine visionnaire et réformateur, transforme l’île en un havre de paix pour sa communauté et en un centre intellectuel d’une envergure inédite. Il y fonde un ordre religieux catholique arménien, mélangeant les traditions spirituelles arméniennes à celles de l’Église catholique romaine, et établit une bibliothèque qui devient rapidement le cœur du monastère. Cette bibliothèque, véritable joyau, est conçue pour préserver la culture arménienne et rassembler des manuscrits rares, souvent sauvés des ravages causés par les invasions turques ou l’érosion du temps.
Une bibliothèque de renommée mondiale
La bibliothèque du Monastère Méchitariste est l’un des joyaux les plus précieux du lieu. Elle abrite aujourd’hui plus de 150 000 volumes, dont près de 4 000 manuscrits arméniens anciens, certains datant du Ve siècle. Ces manuscrits illuminés, ornés de motifs et de calligraphies raffinées, illustrent la richesse de l’art et de la spiritualité arméniens.
Parmi ses trésors, la bibliothèque conserve également des ouvrages en langues européennes, des cartes anciennes et des éditions rares. Les moines ont joué un rôle crucial dans la préservation et la traduction d’œuvres scientifiques, philosophiques et théologiques, établissant des liens entre l’Orient et l’Occident.
Une fresque magistrale de Giovanni Battista Tiepolo, célèbre peintre vénitien, orne le plafond de la bibliothèque, ajoutant une dimension artistique et historique au lieu. Cette œuvre, lumineuse et dynamique, reflète l’esprit de la Sérénissime au XVIIIᵉ siècle et le dialogue entre la culture arménienne et vénitienne.
L’art sacré et les trésors artistiques du monastère
Outre la bibliothèque, le monastère abrite une église au style sobre et raffiné, embellie par des œuvres de peintres renommés tels que Palma il Giovane, héritier du maniérisme vénitien. Ses toiles, empreintes d’un mysticisme intense, enrichissent l’atmosphère spirituelle des lieux.
Le musée du monastère, ouvert aux visiteurs, expose également des objets liturgiques, des reliques et des artefacts issus de la culture arménienne. Les visiteurs peuvent y admirer des tapisseries, des miniatures et des pièces d’orfèvrerie qui témoignent du savoir-faire exceptionnel des artisans arméniens.
Une promenade dans les jardins méditerranéens
Le cadre naturel du monastère participe à l’enchantement de la visite. Les jardins de l’île, soigneusement entretenus, offrent une parenthèse de sérénité loin de l’agitation de Venise. Plantés d’arbres méditerranéens et d’espèces exotiques, ils abritent une végétation luxuriante qui évoque les jardins orientaux.
Les moines ont même introduit sur l’île la culture des roses et des grenadiers, symboles forts dans la culture arménienne, ajoutant une touche poétique au paysage. C’est un lieu propice à la méditation et à la contemplation.
Conseils pour une visite enrichissante
- Accès : L’île est accessible en vaporetto depuis Venise (ligne 20). Pensez à vérifier les horaires pour organiser votre journée.
- Visites guidées : Optez pour une visite guidée proposée par les moines eux-mêmes. Ces guides passionnés offrent une plongée authentique dans l’histoire du lieu et ses trésors.
- Temps à prévoir : Consacrez au moins deux heures pour explorer l’église, la bibliothèque, le musée et les jardins.
- Meilleure période : Les mois de printemps et d’automne sont particulièrement agréables pour profiter du calme de l’île et de la beauté de ses jardins.
Un patrimoine vivant
Le Monastère Méchitariste est plus qu’un lieu historique : c’est un symbole de résilience et d’identité culturelle pour la diaspora arménienne. Il continue d’être un lieu actif de recherche et d’étude, attirant historiens, théologiens et linguistes du monde entier. Pour les visiteurs, il représente une opportunité rare de découvrir une facette méconnue de Venise et de plonger dans un univers où se mêlent foi, art et savoir. Une expérience unique, à la fois spirituelle et intellectuelle, qui marque durablement les esprits.







