Ayez l’escalier du métro devant vous et regardez les numéros impairs de la rue Saint-Antoine. La rue Saint-Antoine se termine avec eux, à l’angle de la rue de Fourcy qui est donc juste sur votre droite. Remarquons la façade de la maison qui porte le n° 133, dite « hôtel de Séguier ». Son balcon pittoresque, porté par des chimères ou des dragons, date d’une transformation effectuée vers 1730. Ce motif des dragons était alors à la mode, sans doute sous l’influence de l’art chinois et on en trouve des exemples à la même époque, dans le mobilier. Mais laissons là les dragons et dirigeons-nous maintenant à droite, jusqu’à la rue de Fourcy et traversons-la pour entrer dans la rue François Miron. Nous voyons au loin que la rue décrit une courbe. Elle vient en effet de la façade de l’église Saint-Gervais, derrière l’Hôtel de Ville : c’est l’ancienne rue Saint-Antoine. Elle a changé de nom depuis que le reste de la rue Saint-Antoine a été raccordé à la rue de Rivoli, en 1856. C’est aussi l’ancienne voie gallo-romaine qui menait de Lutèce à Melun. À propos, qui était François-Miron ? Et bien, c’était le prévôt des Marchands sous Henri 4, en somme, un lointain prédécesseur du Maire de Paris. Un mot sur le beau bâtiment de pierre du n°82-84 de la rue François-Miron : c’est l’hôtel Hénaut de Cantobre, construit vers 1705, sur un terrain très étroit, qui avait fait partie, au moyen-âge, de la propriété de Bertrand Du Guesclin, grand pourfendeur d’anglais du temps de la guerre de Cent Ans. La forme étroite de la parcelle explique que le bâtiment principal soit directement sur la rue, ce qui est inhabituel dans le Marais. En effet, les hôtels particuliers étaient quasiment tous du type « entre cour et jardin » avec un logis en fond de cour, éloigné de la rue. Il y avait aussi des ailes latérales destinées aux écuries et aux cuisines, et enfin un bâtiment-porche, sur la rue, plus bas que les ailes. Et de l’autre côté du logis, il y avait le jardin. Ce plan apparaît à l’hôtel Carnavalet vers 1550 et sera utilisé jusqu’au 18e siècle pour les nombreux hôtels des faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré. Ce qui est un peu inhabituel aussi, c’est la construction d’une demeure de cette qualité, au début du 18e siècle, dans un quartier alors démodé et où les terrains étaient rares. Les grandes familles y vivaient encore dans les hôtels existants, mais pour ce qui est des bâtiments neufs, on les construisait plutôt au faubourg Saint-Germain ou au faubourg Saint-Honoré. Ainsi, à la fin du règne de Louis 14, il y eut assez peu d’ exceptions : principalement celle-ci et aussi les hôtels de Rohan et de Soubise, aujourd’hui siège des Archives-nationales. L’hôtel est occupé par la Maison européenne de la photographie, qui y organise des expositions temporaires.

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