Voilà une des mosquées les plus vénérées du monde musulman, la mosquée des Omeyyades, située dans la vieille ville de Damas. Avant de pénétrer dans cet antre de l’islam ou la salle de prière est tout aussi remarquable que les minarets, n’oubliez surtout pas de vous déchausser et de couvrir épaules et cheveux surtout vous mesdames. Vous pourrez louer à l’entrée ce qu’il vous faut pour cela. Si aujourd’hui il s’agit bel et bien d’une mosquée qui se dresse ici, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, entre le Ier et le IIIeme, on trouvait à l’emplacement de la mosquée des Omeyyades le temple de Jupiter, dont ne subsistent que quelques vestiges désormais. Puis quand le christianisme a triomphé dans la région, une église fut batie, église dédiée à Saint Jean-Baptiste. Vient ensuite le règne du calife El-Walid et avec lui, la construction de la Grande Mosquée, dont les travaux débutèrent vers 705. Bien évidemment, cela ne se fit pas sans mal : une coupole notamment s’écroula, l’architecte fut remercié, un autre vint prendre le relais mais demanda au calife de ne poser aucune question et de ne pas intervenir durant toute la durée des travaux. Deux conditions qui furent respectées et qui permirent à l’architecte de s’absenter plus d’un an après avoir posé des piliers dans le sol spongieux. Pourquoi vous demandez-vous ? Tout simplement pour laisser le temps aux piliers de s’ancrer dans le sol et de ne plus bouger par la suite afin qu’un nouvel écroulement ne se reproduise plus. L’étrange comportement du créateur s’était donc révélé payant… Une agréable cour intérieure laisse la possibilité aux visiteurs de se rencontrer, de bavarder, de faire la sieste ou de jouer même entre deux méditations. Une fois que vous en avez fait le tour, pénétrez dans la sallé de prière, immense, couverte de marbres, percée de nombreuses fenetres diffusant une douce lumière et abriant le mausolée de Saint Jean-Baptiste. Pour ce qui est des minarets, il y a celui de Quait-Bey, celui de la mariée d’où démarre l’appel à la prière – chanté par le muezzin et non enregistré comme c’est le cas la plupart du temps de nos jours – et enfin le minaret de Jésus, appelé ainsi car le Christ aurait dû descendre à cet endroit lors du jugement dernier. Une ultime balade permet de découvrir le mur d’enceinte, d’origine romaine.
Une mosquée fondatrice de l’architecture islamique
La mosquée des Omeyyades, ou Grande Mosquée de Damas, se dresse avec majesté dans le cœur palpitant de la vieille ville. Elle ne se contente pas d’être l’un des édifices religieux les plus anciens et les plus vénérés du monde musulman ; elle incarne une charnière historique, un creuset spirituel où se rencontrent les traces de Rome, de Byzance, du christianisme oriental et de l’Islam naissant.
Érigée au début du VIIIe siècle sous le règne du calife omeyyade Al-Walid Ier, cette mosquée constitue le premier exemple monumental d’architecture islamique intégrant pleinement l’espace urbain d’une capitale impériale. Elle reste, encore aujourd’hui, l’un des centres religieux les plus actifs du Proche-Orient et un haut lieu de pèlerinage.
Des couches sacrées : du temple de Jupiter à la mosquée
Le site qu’occupe la mosquée fut tour à tour un sanctuaire païen, un temple impérial romain, puis une église chrétienne. À l’époque romaine, entre le Ier et le IIIe siècle, s’élevait ici un vaste temple dédié à Jupiter Damascenus, dont subsistent encore quelques éléments architecturaux incorporés dans les murs de la mosquée actuelle. Ce temple possédait un grand péribole à colonnades et jouait un rôle majeur dans la vie religieuse et civique de Damas.
Avec la christianisation de l’Empire romain, le sanctuaire fut converti en église dédiée à saint Jean-Baptiste, vénéré tant dans le christianisme que dans l’islam. Cette transition marque déjà l’esprit de superposition qui caractérise Damas. Lors de la conquête musulmane au VIIe siècle, l’église fut utilisée de manière partagée pendant un temps, jusqu’à ce que le calife Al-Walid décide d’en faire une mosquée impériale. Il ordonna la démolition de l’édifice chrétien en 705, en promettant en contrepartie la construction d’autres églises dans la ville, un geste politique et religieux de grande portée.
Une prouesse architecturale guidée par la patience et l’audace
Les travaux de construction de la Grande Mosquée débutèrent donc en 705, et le projet s’inscrivait dans une volonté manifeste d’imposer un style islamique propre, distinct du monde byzantin. Le calife Al-Walid engagea les meilleurs artisans byzantins et coptes, dans une entreprise qui mêla traditions orientales et influences gréco-romaines. L’un des épisodes les plus remarquables de ce chantier fut l’effondrement de la coupole en cours de construction, qui entraîna l’éviction du premier architecte.
Son successeur, resté anonyme, posa une condition singulière avant d’accepter la mission : il exigea que le calife s’abstienne de toute question ou intervention jusqu’à la fin des travaux. Il planta d’abord des colonnes dans le sol marécageux… puis disparut pendant plus d’un an. Ce temps d’attente permit au terrain de se stabiliser, aux colonnes de s’ancrer solidement dans le sous-sol, évitant ainsi toute nouvelle catastrophe. L’œuvre fut achevée dans le respect de cette stratégie patiente, et le résultat fut un chef-d’œuvre de stabilité et de grâce.
Une cour de vie, de prière et de rencontres
Avant de pénétrer dans la mosquée, le visiteur passe par une vaste cour dallée de marbre, flanquée de portiques soutenus par des colonnes antiques. Cette cour est bien plus qu’un lieu de transition : elle est un espace social, de repos et d’échange, où la population vient bavarder, méditer, jouer, ou simplement s’abriter de la chaleur damascène. Sur le pourtour, de grandes mosaïques murales, souvent négligées par les visiteurs pressés, racontent en silence des visions du paradis, de jardins luxuriants, de rivières coulant sous les arbres — une évocation coranique de l’au-delà.
La fontaine d’ablutions au centre rappelle la nécessité de la pureté rituelle avant l’entrée dans la salle de prière. À noter : pour les non-musulmans, il est impératif de respecter les règles d’habillement. Les femmes doivent couvrir leurs cheveux, bras et jambes ; des abayas sont fournies à l’entrée. Il faut également se déchausser, comme dans toute mosquée.
Une salle de prière où résonne l’Histoire
La salle de prière, longue et profonde, impressionne par la majesté de son plafond en bois peint, ses tapis étendus sur toute la surface, et ses colonnes aux chapiteaux réemployés d’époque romaine et byzantine. Le regard est immédiatement attiré par le mihrab — niche indiquant la direction de la Mecque — magnifiquement décoré, ainsi que par le minbar (chaire de prêche), réalisé en bois sculpté.
Mais l’élément le plus vénéré reste sans conteste le mausolée de saint Jean-Baptiste, appelé Yahya dans l’islam, dont la relique – supposée être sa tête – est conservée dans un petit édifice central couvert d’un dôme au cœur même de la mosquée. Ce tombeau attire aussi bien musulmans que chrétiens orientaux, un témoignage vivant du syncrétisme religieux profond qui marque Damas.
Trois minarets, trois récits
La mosquée compte trois minarets, chacun porteur d’une histoire singulière. Le minaret de la mariée, le plus ancien, domine la façade ouest. Son nom, mystérieux, évoque une légende locale autour d’un mariage princier. C’est depuis ce minaret que le muezzin lance l’appel à la prière à la voix, sans haut-parleur — un fait devenu rare dans le monde musulman contemporain.
Le minaret de Quait-Bey, situé à l’angle sud-est, fut érigé au XVe siècle par ce sultan mamelouk d’Égypte, ce qui souligne l’influence lointaine exercée par la mosquée.
Enfin, le minaret de Jésus, au sud-est, est associé à une prophétie eschatologique selon laquelle le Christ redescendra à cet endroit au moment du Jugement dernier. Ce récit, partagé par de nombreux hadiths et enraciné dans la tradition islamique, renforce l’aura spirituelle du lieu.
Autour de la mosquée : vestiges et continuités
En parcourant le mur d’enceinte, on découvre les restes des fondations romaines, dont certains blocs portent encore les marques de tailleurs de pierre antiques. Ce mur rappelle le passé multiséculaire du site et offre un contraste saisissant avec les structures islamiques postérieures. L’enceinte comprend aussi des entrées secondaires souvent empruntées par les fidèles locaux, un moyen discret de ressentir le quotidien du lieu.
Il est conseillé de prendre le temps d’observer les mosaïques originelles, encore visibles sur certains murs extérieurs et sous les portiques : elles représentent des paysages idéalisés de cités, sans figure humaine, mais avec une telle finesse que certains historiens pensent qu’elles décrivent Damas elle-même à l’époque omeyyade.
La mosquée des Omeyyades ne se résume pas à un monument prestigieux : c’est un espace vivant, où spiritualité, histoire et architecture s’unissent pour offrir au visiteur une expérience inoubliable, empreinte d’émotion et de respect. Visiter cette mosquée, c’est toucher à la source même d’une civilisation.