
Le quartier du Marais autour de la Place des Vosges
Une balade dans le Marais
Cet article résume les sites méconnus de la Rive Gauche de Paris, visités avec les guides Jonglez. Le 5ème arrondissement abrite le Cloître du Val-de-Grâce, une ancienne abbaye royale transformée en hôpital militaire, où se trouve le Musée du Service de santé des armées. Le 6ème arrondissement abrite une reproduction méconnue de la statue de la Liberté, cachée dans la cuirasse de la sculpture du Centaure de César. Dans le 7ème arrondissement, l’immeuble du 29, avenue Rapp présente une porte d’entrée avec un phallus inversé. Enfin, le cloître de l’hôpital Cochin dans le 14ème arrondissement est une merveille à découvrir, ancienne abbaye de femmes célèbre pour sa pratique du jansénisme, devenue un foyer hospitalier après la Révolution. À proximité se trouve également la dernière vespasienne de Paris.
Une balade culturelle à travers Paris en compagnie des guides Jonglez, à la découverte de sites méconnus de la capitale… Nous traversons la Seine, Rive Gauche, pour s’arrêter dans les 5e, 6e, 7e et 14e arrondissements :
“Le cloître oublié”
La visite du musée du Service de santé des armées est un très bon prétexte pour admirer le magnifique cloître méconnu de l’ancienne abbaye royale du Val-de-Grâce, édifiée entre 1624 et 1669. L’église elle-même résulte du vœu de la reine Anne d’Autriche qui avait promis de remercier le Seigneur de lui avoir donné un fils après vingt-trois ans de mariage, en 1638.
Le 1er avril 1645, le futur Louis XIV posa ainsi la première pierre d’un édifice dont la construction s’étira jusqu’à à la fin des années 1660. Mansart puis Le Mercier et enfin Le Muet, assisté de Le Duc, conçurent l’église qui est ornée de nombreuses sculptures et dequatre tableaux de Philippe de Champaigne.
L’abbaye a été transformée en hôpital militaire en 1793 et est toujours aujourd’hui le domaine réservé de l’armée. Le musée à proprement parler a pour mission d’aider le visiteur à bien comprendre les fondements et les relations multiples de la médecine et de l’armée, mais son intérê principal reste son emplacement : il est installé sous les voûtes d’une des galeries supérieures du magnifique cloître dont vous aurez un aperçu depuis les fenêtres… Remarquez la superposition des deux galeries qui le composent.

(Statue of Liberty on the Île aux Cygnes, River Seine in Paris. Given to the city in 1889, it faces southwest, downriver along the Seine. – H. Zell – Own work)
“La reproduction méconnue d’une statue célèbre”
Si un certain nombre d’habitants du quartier a bien remarqué les testicules de la sculpture du Centaure de César, rares seront ceux qui ont vu la petite statue (de la taille d’une main) qui est cachée dans la cuirasse de l’animal.
Elle est l’une des quatre statues de la Liberté de la capitale, avec les plus célèbres, celles de l’île aux Cygnes (XVIe arrondissement) et du jardin du Luxembourg; le musée des Arts et Métiers possède aussi un modèle réduit, vraisemblablement exécuté par Bartholdi lui-même.
Outre les quatre statues de la Liberté à Pari, on trouve cinq autres statues représentations de la célèbre statue new-yorkaise en France : une à Roybon (Isère), une à Barentin près de Rouen (on l’aperçoit dans le film Le Cerveau de Gérard Oury avec Bourvil et Jean-Paul Belmondo), une place de la Liberté à Poitiers, une à Colmar et une à Saint-Cyr-sur-Mer (voir le guide Provence Insolite et secrète chez le même éditeur).
La statue originale à New York a été offerte par une souscription privée de Français en 1886. Elle a été executée par Frédéric-Auguste Bartholdi et sa charpente métallique fut conçue par Gustave Eiffel. La statue est en effet creuse et recouverte de plaques de cuivre rivetées. Elle symbolise « la liberté éclairant le monde ».
Inaugurée le 4 juillet 1889, jour de la fête de l’Indépendance américaine, à l’occasion de l’Exposition universelle, la statue de la Liberté parisienne de l’île aux Cygnes est plus qu’une copie : elle est en réalité la maquette originale de sa grande sœur de New York. Elle prenait suite de la première maquette en plâtre, offerte par le comité des Américains de Paris, qui avait été installée place des Etats-Unis, dans le XVIè arrondissement, le 4 juillet 1885.
Pour des raisons de protocole, à l’inauguration de la statue, celle-ci était tournée vers le pont de Grenelle à l’est : il était en effet beaucoup plus aisé de l’inaugurer sur la terre ferme à partir de l’Île aux Cygnes où elle reposait à l’extrémité Ouest. Bartholdi avait pourtant insisté pour qu’elle regarde en direction des Etats-Unis mais l’idée d’une inauguration qui aurait dû se faire en bateau n’eut pas suffisamment de partisans.
C’est à l’occasion de l’Exposition universelle de 1937 que l’on fit finalement tourné d’un demi-tour la statue.
“Un immense phallus sur la porte d’entrée”
Primé au concours de façades en 1901, l’immeuble du 29, avenue Rapp est considéré comme le chef-d’œuvre de Lavirotte. Si la porte d’entrée, surmontée d’une tête de femme (qui pourrait bien être celle de son épouse) entourée d’Adam et Ève chassés du paradis est relativement connue des Parisiens, très rares sont ceux à avoir remarqué que la porte elle même n’est autre qu’un phallus inversé.
Il suffit d’isoler la partie centrale de la porte en bois (la sculpture sur bois est déjà significative), la partie centrale vitrée ainsi que les deux zones vitrées en forme d’ovale au sommet de la porte pour ne plus voir que cela… Fervent partisan du symbolisme sexuel, Lavirotte a également introduit sur les balcons des fenêtres du rez-de-chaussée une représentation d’un pénis dans une vulve…
Contrairement à une opinion assez largement répandue, les propriétaires de l’immeuble n’étaient autres que Lavirotte lui-même ainsi qu’un certain Charles Combes. L’immeuble n’a jamais été habité par le céramiste Alexandre Bigot dont beaucoup pensent de façon erronée qu’il utilisait cette façade comme une vitrine publicitaire pour ses créations.
Lavirotte résidait au 5e étage de l’immeuble voisin, 3, square Rapp. Bigot a en revanche recouvert la façade de ses célèbres grès, des céramiques flammées spécialement adaptées à l’utilisation en architecture.
Parmi les plus célèbres architectes représentatifs de l’Art nouveau à Paris, Jules Lavirotte (1864-1929) fut sans doute le plus extravagant. Bannissant les lignes droites et les angles, il fit la part belle aux courbes et ne se gêna pas pour introduire dans ses immeubles un symbolisme sexuel qui ne l’empêcha pas de remporter à lui seul trois concours de façade de la Ville de Paris, puis d’abandonner l’Art nouveau dès 1907, estimant que ses imitateurs n’étaient que de mauvais pasticheurs qui trahissaient l’essence même du mouvement.
On trouve ses réalisations les plus célèbres au 29 av.Rapp, 3 square Rapp, 12 av. Sédillot et 34 av.de Wagram (hôtel Céramic). Ses autres constructions du 134 et 151 rue de Grenelle, 23 avenue de Messine, 134 rue de Grenelle, 169 boulevard Lefebvre et 2 rue Balzac à Franconville (95) (Villa Dupont) sont moins spectaculaires.
L’immeuble du 12, avenue Sédillot est la première réalisation de Lavirotte. Celui du 3, Square Rapp présente des symboles sexuels assez marqués (notamment les phallus en céramique des balcons du 4e étage !).
“Un paradis caché”
Petit coin de paradis méconnu de la plupart des Parisiens, le cloître de l’hôpital Cochin est une merveille à ne pas rater. En entrant par le boulevard du Port-Royal, dirigez-vous vers les flèches qui indiquent la chapelle.
Le cloître faisait autrefois partie de l’abbaye de femmes de Port-Royal-des-Champs fondée au début du XIIIe siècle dans la vallée de Chevreuse. L’abbaye s’installa à Paris en 1625 sous les ordres de l’abbesse Angélique Arnauld et se rendit célèbre à partir de 1635 lorsqu’elle devint un foyer du jansénisme.
Blaise Pascal fut ainsi un visiteur fréquent de la communauté des Filles du Saint-Sacrement. Supprimé à la Révolution, le couvent fut converti en prison qui prit le nom de « Port Libre ». Le lieu commença sa vocation hospitalière en 1795.
Infos pratiques :
Boulevard Arago, juste devant la prison de la santé, trône la dernière vespasienne de Paris. Datant du début de XIXeme siècle, elle doit sont existence à l’initiative de préfet de la Seine, le comté de Rambuteau, qui pour des raisons de salubrité publique assez évidentes, imposa la construction de ces urinoirs publics.
Ceux-ci remplaçaient avantageusement les barils d’aisance (des tonneaux en bois remplis de sciure) que l’on pouvait trouver aux coins des rues puisque, dotés de parois métalliques, ils offraient à l’utilisateur une certaine intimité et préservaient ainsi la vue des passants…
Progrès et équité obligent (les Sanisettes actuelles sont autonettoyantes, closes et aseptisées et les femmes peuvent, elles aussi, y accéder…), la disparition de ces vespasiennes fut votée fut votée le 21 décembre 1959 et l’on dut attendre 1980 pour que soit votée la création des quatre premières Sanisette payantes.
On notera au passage que cette nouvelle ère de la salubrité publique entraina avec elle la fin de la gratuité de ce service public. On ignore pourquoi et comment cette vespasienne du XIXeme siècle a échappé à la destruction, mais certains parlent aujourd’hui de faire classer.
Le mot « vespasienne provient de l’empereur Vespasien. Empereur de Rome en 69, il était connu pour son avance et créa un impôt sur l’urine en plaçant des urinoirs payants dans les rues de Rome. L’expression « l’argent n a pas d’odeur » lui serait attribuée.
Paris, souvent connue pour ses sites emblématiques, cache également des trésors méconnus sur la Rive Gauche. Une balade à travers les 5ème, 6ème, 7ème et 14ème arrondissements révèle des lieux insolites et fascinants, loin des circuits touristiques habituels.
Loin de l’agitation touristique, les Arènes de Lutèce sont un vestige remarquable de l’époque gallo-romaine à Paris. Cet amphithéâtre, qui pouvait autrefois accueillir jusqu’à 15 000 spectateurs, est aujourd’hui un havre de paix où les Parisiens viennent se détendre. C’est un endroit idéal pour pique-niquer ou lire un livre en profitant du calme et de l’histoire qui émane des lieux.
Le Jardin des Plantes, bien que plus connu, renferme des coins secrets comme la Ménagerie, l’un des plus anciens zoos du monde. Ouvert en 1794, il abrite une grande variété d’animaux dans un cadre historique unique. Les visiteurs peuvent y découvrir des espèces rares et profiter d’une promenade paisible loin du tumulte de la ville.
Peu connu des touristes, le Musée Zadkine est dédié à l’œuvre du sculpteur Ossip Zadkine. Installé dans sa maison et son atelier, le musée présente une collection impressionnante de sculptures et de dessins. Le jardin, orné de statues, offre un cadre bucolique et inspirant pour découvrir le travail de cet artiste majeur du XXème siècle.
La Pagode de Paris, située dans un quartier résidentiel, est un joyau architectural méconnu. Construite en 1926, cette pagode chinoise abrite un centre culturel et offre une véritable immersion dans l’art et la culture asiatique. C’est un lieu de sérénité et de dépaysement au cœur de Paris.
La Petite Ceinture est une ancienne ligne de chemin de fer qui faisait le tour de Paris. Aujourd’hui, certaines sections ont été transformées en promenades vertes. La section du 14ème arrondissement offre une balade insolite à travers une végétation luxuriante, où la nature a repris ses droits. C’est un lieu de promenade idéal pour les amateurs de randonnée urbaine et de photographie.
Auteur du guide: Julien Laz, grand voyageur et fondateur de Cityzeum
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