Les derviches tourneurs

C’est un des symboles les plus représentatifs de la Turquie. Dans les lieux les plus touristiques, on vous proposera sans doute un spectacle. Mais qui sont vraiment ces hommes aux chapeaux rouges et drapés de blanc ? Ils font partie de l’ordre Mevlevi. Un ordre musulman soufi fondé à Konya, en Anatolie centrale, au XIIIe siècle par Jalal al-Din Rumi. Les membres de cet ordre sont appelés derviches tourneurs en référence à leur danse appelée sama. Ses mouvements rappellent ceux d’une toupie. Les derviches sont habillés de blanc et portent une toque noire ou rouge. Historiquement, la voie Mevlevi situe les arts traditionnels comme des moyens à travers lesquels les disciples progresseront afin de « raffiner » leur goût et leur personne. La technique des derviches tourneurs est une recherche d’état modifié de conscience, qui permet l’expansion de l’être et le développement des capacités créatrices. La technique mêle ainsi le chant, la danse et la musique. C’est une démarche tout à fait originale, même y compris au sein des autres voies soufies. Durant leur cérémonie, les pratiquants se mettent au milieu, un joueur de flûte improvise une mélodie. A cet instant, les pratiquants font trois tours de la salle. Ensuite, ils laissent tomber leurs manteaux, mettent les bras perpendiculaire au corps, une main tournée vers le ciel l’autre vers la terre, ils inclinent la tête et commencent à tourner sur eux-mêmes au rythme des sonorités de la flûte et des tambours. D’abord lentement, puis de plus en plus rapidement. Leur ronde symboliserait celle des planètes autour du soleil et autour d’elles-mêmes. Cette voie Mevlevi était bien établie dans l’Empire ottoman (1299-1920). Plus tard, elle fut interdite puis de nouveau autorisée en 1950. L’ordre compte toujours aujourd’hui des disciples en Turquie.

 

Les Derviches Tourneurs : Une danse spirituelle au cœur du soufisme

Les derviches tourneurs sont l’un des symboles les plus fascinants et emblématiques de la Turquie. Leur danse mystique, appelée sama, est bien plus qu’une simple performance artistique : c’est un rituel spirituel issu de la tradition soufie, une quête d’union avec le divin par le mouvement, la musique et la méditation. Pour comprendre cette pratique unique, il faut plonger dans l’histoire et la philosophie de l’ordre Mevlevi, auquel appartiennent ces danseurs.


Les origines : l’ordre Mevlevi et Jalal al-Din Rumi

Les derviches tourneurs sont issus de l’ordre Mevlevi, une branche soufie de l’islam fondée au XIIIᵉ siècle à Konya, en Anatolie centrale. Cet ordre doit son nom et son essence à Jalal al-Din Rumi, un poète mystique et philosophe persan également connu sous le nom de Mevlana (“notre maître”).

Rumi prônait l’amour universel, la tolérance et la quête spirituelle par l’élévation de l’âme. Il considérait la musique, la danse et la poésie comme des moyens puissants de rapprocher l’être humain de Dieu. Sous son inspiration, ses disciples développèrent la cérémonie du sama, une méditation en mouvement accompagnée de musique et de chants sacrés.

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La danse des derviches : un rituel cosmique et spirituel

La sama des derviches tourneurs est bien plus qu’une simple danse : c’est un rituel hautement symbolique qui représente l’harmonie de l’univers et l’union mystique avec Dieu.

Les étapes du rituel

  1. La préparation : La cérémonie débute par une improvisation musicale jouée au ney (flûte traditionnelle turque) accompagnée de tambours. Les derviches entrent dans la salle et effectuent trois tours symboliques, représentant les étapes de la purification spirituelle.

  2. Le dépôt du manteau : Les derviches retirent leur manteau noir, symbole de l’attachement au monde matériel, révélant leur tenue blanche qui représente la pureté de l’âme.

  3. Le début de la danse : Les derviches adoptent leur posture caractéristique :

    • Une main tournée vers le ciel pour recevoir la grâce divine.
    • Une main tournée vers la terre pour la transmettre à l’humanité.
    • La tête légèrement inclinée en signe d’humilité.
  4. La rotation : Les danseurs commencent à tourner sur eux-mêmes, lentement d’abord, puis de plus en plus rapidement. Cette rotation évoque :

    • Le mouvement des planètes autour du soleil.
    • La connexion spirituelle entre l’homme et l’univers.
  5. La musique et le chant : La danse est accompagnée de versets poétiques de Rumi, chantés ou joués au ney, créant une atmosphère méditative et transcendantale.

Une quête d’élévation

Le mouvement circulaire des derviches n’est pas qu’une performance physique : il vise à atteindre un état modifié de conscience. En tournant, les danseurs transcendent leur ego et leur individualité pour s’unir au divin, dans une quête de paix intérieure et d’harmonie universelle.


Les symboles des derviches tourneurs

Chaque élément du rituel des derviches tourneurs est porteur d’une signification profonde :

  • Le manteau noir : La matérialité et les attachements terrestres.
  • La robe blanche : La pureté spirituelle.
  • La toque (sikke) : La pierre tombale de l’ego, marquant la mort symbolique de l’ego pour atteindre une renaissance spirituelle.
  • Le mouvement circulaire : L’harmonie cosmique et le cycle de la vie.

Une tradition longtemps menacée

L’apogée sous l’Empire ottoman

Sous l’Empire ottoman (1299-1923), l’ordre Mevlevi joua un rôle majeur dans la culture et la spiritualité de l’époque. Les derviches étaient respectés pour leur dévouement et leur contribution à l’art, la musique et la philosophie.

L’interdiction par la République turque

En 1925, sous le gouvernement de Mustafa Kemal Atatürk, les ordres soufis, y compris les Mevlevis, furent interdits dans le cadre de la modernisation et de la sécularisation du pays. Les cérémonies des derviches furent limitées, et nombre de leurs centres spirituels furent fermés.

Une renaissance

Ce n’est qu’en 1950 que les derviches furent autorisés à reprendre leurs activités sous une forme plus culturelle et artistique. Aujourd’hui, la sama est reconnue comme un patrimoine culturel précieux, et l’ordre Mevlevi continue de perpétuer cette tradition.


Assister à une cérémonie

De nos jours, il est possible d’assister à des cérémonies de derviches tourneurs dans plusieurs endroits en Turquie, notamment :

  • Konya : La ville de Rumi reste le centre spirituel de l’ordre Mevlevi. Chaque année, en décembre, un festival célèbre l’anniversaire de la mort de Rumi avec des représentations authentiques.
  • Istanbul : Des spectacles sont organisés dans des lieux comme le Centre culturel Hodjapasha ou le monastère de Galata.
  • Cappadoce : Des représentations sont proposées dans les caravansérails, offrant un cadre historique unique.
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Attention aux spectacles touristiques

Dans les zones très fréquentées par les visiteurs, certaines performances sont davantage des divertissements que des cérémonies authentiques. Pour une expérience spirituelle fidèle à la tradition, privilégiez les lieux où l’ordre Mevlevi est encore actif.


Une tradition universelle et intemporelle

Les derviches tourneurs incarnent une spiritualité profonde et un lien unique entre l’art et la foi. Bien que fortement ancrée dans la culture turque, leur quête d’harmonie universelle et leur recherche d’élévation trouvent une résonance universelle. Assister à une sama, c’est non seulement plonger dans un patrimoine culturel millénaire, mais aussi ressentir une connexion unique avec l’infini et le divin.

 
 
 

 
Auteur du guide: Julien Laz, grand voyageur ayant visité des centaines de destinations, et fondateur de Cityzeum. Update page : avril 2025

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