La place fait partie du quartier de la Nouvelle Athènes. Les lotisseurs y construisirent leurs maisons en 1824. Les immeubles que l’on aperçoit, eux, datent de 1840, tout comme la fontaine, qui fut le centre du “quartier neuf Saint Georges”. Le buste qu’on y a installé lorsque la fontaine fut tarie est celui de Gavarni, le dessinateur ayant habité la rue.
Le numéro 27 est l’hôtel Dosne-Thiers où habitèrent à partir de 1833 Adolphe Thiers lorsqu’il épousa la fille de la propriétaire des lieux : Elise Dosne. Thiers, académicien et ministre, y établit son bureau dans la bibliothèque au 2ème étage et y tint un salon très prisé. L’hôtel est rasé pendant la Commune et ce n’est que grâce à l’intervention du peintre Courbet que l’importante collection d’oeuvres d’art de Thiers est sauvée. L’hôtel fut reconstruit en 1873.
Il renferme aujourd’hui le musée Thiers et sa bibliothèque. L’architecte Renaud compensa l’étroitesse de la façade par une surcharge artistique de style Renaissance (1840). Cet hôtel fut habité par la marquise de Paiva qui fut l’une des plus grandes courtisanes du milieu du 19ème siècle. Elle y tint un salon également très prisé avant de déménager pour un hôtel qu’elle fit construire sur les Champs-Elysées.
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Un écrin discret au cœur de la Nouvelle Athènes
À mi-chemin entre Montmartre et les Grands Boulevards, nichée dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, la place Saint-Georges est un joyau trop souvent ignoré. Pourtant, elle est l’un des cœurs battants du quartier de la Nouvelle Athènes, ce haut-lieu du romantisme artistique et intellectuel du XIXᵉ siècle. Créée en 1824 lors du grand lotissement de cette zone encore semi-rurale, la place est pensée comme un centre de vie résidentiel pour une bourgeoisie cultivée, avide de modernité et de distinction.
Aujourd’hui encore, elle conserve une atmosphère feutrée, presque hors du temps, avec sa fontaine centrale, ses immeubles élégants et ses façades ornées de mascarons et de balcons en ferronnerie. On y vient moins pour le tumulte que pour ressentir le souffle discret de la belle époque parisienne.
Une place née du romantisme urbain
La place Saint-Georges fut conçue comme le centre du “quartier neuf Saint-Georges”, projet de la société immobilière de Jean-Baptiste Sechan, qui entendait créer un ensemble résidentiel harmonieux pour une élite montante. Elle est située au croisement stratégique de plusieurs rues importantes du quartier, notamment la rue Saint-Georges, la rue Notre-Dame-de-Lorette et la rue La Bruyère.
L’aménagement de la place s’achève dans les années 1840. Sa fontaine monumentale, aujourd’hui sèche, fut longtemps son point focal. Lorsque l’eau cessa d’y couler, on y installa un buste de Gavarni, célèbre caricaturiste du XIXᵉ siècle qui vécut dans une rue voisine. Ce geste symbolique relie la place à l’effervescence artistique de la Nouvelle Athènes, où écrivains, peintres et penseurs vivaient souvent à quelques mètres les uns des autres.
L’hôtel Dosne-Thiers : mémoire d’un pouvoir intellectuel et politique
L’un des bâtiments les plus remarquables de la place est le n°27, l’hôtel Dosne-Thiers. Ce n’est pas qu’un hôtel particulier, c’est un fragment de l’histoire politique de la France, un lieu de pouvoir, de culture et de mémoire.
Adolphe Thiers, historien, journaliste, ministre, président du Conseil et futur premier président de la Troisième République, s’y installe en 1833, après avoir épousé Élise Dosne, fille de la propriétaire des lieux. Il y installe son bureau au deuxième étage, dans une bibliothèque où il rédige ses œuvres majeures, notamment son Histoire du Consulat et de l’Empire. L’hôtel devient rapidement un salon politique influent, fréquenté par les élites libérales, les académiciens et les artistes.
Lors de la Commune de Paris en 1871, l’hôtel est incendié. Mais grâce à l’intervention du peintre Gustave Courbet, farouchement opposé à la destruction de biens culturels, la collection d’œuvres d’art de Thiers est miraculeusement sauvée. Reconstruit dès 1873 par l’architecte Alfred Renaud, l’hôtel conserve aujourd’hui cette mémoire dans les murs de la Fondation Dosne-Thiers, qui abrite une bibliothèque spécialisée en histoire du XIXᵉ siècle ainsi qu’un musée peu connu mais riche de documents rares, d’estampes et de portraits.
L’architecture de la façade, quoique étroite, est compensée par une surcharge décorative d’inspiration Renaissance, typique des choix esthétiques bourgeois du Second Empire. Bas-reliefs, cartouches, têtes sculptées et fenêtres cintrées en font une façade à lire autant qu’à regarder.
Les salons oubliés de la marquise de Païva
Avant de faire bâtir son célèbre hôtel particulier sur les Champs-Élysées, la marquise de Païva, figure incontournable des grandes courtisanes du XIXᵉ siècle, occupa elle aussi un hôtel particulier donnant sur la place. Elle y tint un salon mondain brillant, où se pressaient écrivains, financiers, diplomates et jeunes aristocrates. Derrière cette façade discrète se jouaient des intrigues sociales, amoureuses et politiques qui participaient à la comédie humaine du Paris haussmannien.
La place Saint-Georges devient ainsi un lieu d’observation fascinant des mobilités sociales féminines, de l’émergence d’une société plus fluide, dans laquelle une femme comme la Païva pouvait devenir mécène, collectionneuse, bâtisseuse et figure influente.
À découvrir autour de la place
La place Saint-Georges est aussi une excellente base de départ pour explorer la Nouvelle Athènes, ce quartier où se sont cristallisées les aspirations artistiques du XIXᵉ siècle. Voici quelques lieux incontournables à quelques minutes à pied :
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Le musée de la Vie romantique, situé rue Chaptal, dans l’ancienne maison du peintre Ary Scheffer, qui recevait George Sand, Chopin ou Liszt. Son jardin secret et son salon de thé sont idéaux pour une pause contemplative.
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L’église Notre-Dame-de-Lorette, œuvre majeure de l’architecture néoclassique parisienne, avec ses fresques intérieures spectaculaires et son rôle central dans le développement du quartier.
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La place Pigalle, bien que plus bruyante, permet de ressentir le glissement progressif du quartier bourgeois vers le monde des cabarets, des bals et de la vie nocturne.
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Le théâtre Saint-Georges, à quelques mètres de la place, encore en activité, propose une programmation variée dans un cadre Art déco chaleureux.
Conseils pour explorer la place autrement
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Venez le matin en semaine, quand le quartier est calme, pour observer les détails architecturaux sans la circulation.
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Prenez le temps de visiter la Fondation Dosne-Thiers, rarement fréquentée mais dotée d’un fond exceptionnel sur le XIXᵉ siècle français.
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Pour une pause café élégante, choisissez l’un des établissements donnant directement sur la place, peu nombreux mais toujours raffinés.
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Le soir, la place retrouve une atmosphère presque villageoise, à l’écart des grands flux touristiques.
Une place confidentielle au charme intact
La place Saint-Georges est un bijou d’urbanisme romantique, condensé dans un espace réduit mais chargé de récits, de mémoires et d’élégance. Elle incarne le raffinement discret d’un Paris lettré, féminin, cultivé, parfois secret, loin des grandes avenues spectaculaires mais tout aussi fascinant.
C’est une halte idéale pour ceux qui veulent échapper aux clichés parisiens et retrouver une ville intime, habitée par les fantômes de ses écrivains et les intrigues de ses salons. Une place pour les amoureux de la petite et de la grande histoire.







