Qui pourrait croire que ce grand boulevard ne fut inauguré qu’en 1913 ? Ancien boulevard de l’Enfer, il est intéressant de s’arrêter devant quelques numéros : le numéro 254 et son école d’architecture datant de 1865, le 240 avec la cité Nicolas Poussin faite de petites maisons et d’ateliers d’artistes, et le numéro 229 avec son acacia qui obligea le propriétaire de la maison à composer sa façade avec. Les colonnes que vous apercevez dans le jardin du numéro 254 sont celles de l’ancien palais des Tuileries. A voir La cité Nicolas Poussin et ses ateliers d’artistes Les colonnes de l’ancien Palais des Tuileries A faire Visiter une exposition à la fondation Cartier A proximité La place Denfert-Rochereau Le cimetière du Montparnasse
Boulevard Raspail : un axe méconnu à la croisée de l’histoire, de l’art et de l’architecture
Le boulevard Raspail, qui traverse la rive gauche de Paris du nord au sud, est souvent perçu comme un simple axe de circulation reliant Montparnasse à Saint-Germain-des-Prés. Pourtant, derrière ses larges trottoirs, ses immeubles haussmanniens et ses établissements prestigieux se cache une richesse historique et artistique insoupçonnée. Inauguré seulement en 1913, ce boulevard récent à l’échelle parisienne est un palimpseste urbain, où se mêlent vestiges du passé, expérimentations architecturales, curiosités botaniques et institutions culturelles majeures.
Une histoire récente sur un terrain ancien
Avant de devenir le boulevard Raspail, cet axe portait un nom évocateur : le boulevard de l’Enfer, en raison de la présence du chemin de l’Enfer, ancienne voie campagnarde qui longeait les anciens terrains du couvent des Capucins. Son aménagement moderne ne débute vraiment qu’à la fin du XIXe siècle, en prolongement du boulevard Edgar Quinet. L’ouverture complète du boulevard, tel que nous le connaissons, n’est achevée qu’en 1913, dans un Paris en pleine expansion.
Il rend hommage au chimiste et philosophe François-Vincent Raspail, républicain convaincu, médecin des pauvres et défenseur d’un Paris plus sain, à l’image de ce grand axe aéré et lumineux qu’on voulait exemplaire pour la modernité hygiéniste de la ville.
Des adresses à ne pas manquer : trésors cachés du boulevard
Le 254 : école d’architecture et colonnes impériales
Le numéro 254 abrite l’École spéciale d’architecture, fondée en 1865, bien avant l’ouverture officielle du boulevard. Cet établissement privé, conçu pour proposer une alternative à l’École des Beaux-Arts, forme encore aujourd’hui des architectes dans un cadre prestigieux. La façade, sobre et élégante, dissimule un jardin intérieur remarquable où se dressent d’authentiques colonnes provenant de l’ancien palais des Tuileries, détruit en 1871 après la Commune. Ces vestiges, rescapés de l’un des plus célèbres édifices du Paris impérial, donnent au lieu une atmosphère à la fois solennelle et bucolique, que l’on peut découvrir à l’occasion de journées portes ouvertes.
Le 240 : la cité Nicolas Poussin, un monde à part
Derrière une porte discrète au numéro 240, s’ouvre la cité Nicolas Poussin, petite impasse pavée bordée de maisons basses et d’ateliers d’artistes, comme figée hors du temps. Créée dans l’esprit des cités d’artistes du XIXe siècle (comme la Villa Seurat ou la cité Fleurie), elle abrite encore aujourd’hui des créateurs, peintres, sculpteurs ou artisans. Loin de l’agitation du boulevard, cette enclave offre une respiration poétique et une lumière idéale pour la création.
L’ambiance y est quasi provinciale, avec ses glycines, ses balcons en bois et ses chats somnolents sur les marches. Il est rare d’y entrer sans y avoir été invité, mais certains ateliers ouvrent ponctuellement à l’occasion de parcours d’art ou de portes ouvertes. C’est un lieu rare à Paris, qui perpétue la tradition d’un Montparnasse artistique et secret.
Le 229 : l’arbre qui sculpta la façade
Au numéro 229, le passant attentif remarquera une façade volontairement décalée, comme sculptée autour d’un acacia vénérable qui pousse au pied de l’immeuble. Cet arbre, antérieur à la construction, aurait été protégé par le propriétaire, contraignant l’architecte à dessiner la façade en contournant son tronc. Le résultat est à la fois insolite et émouvant : un témoignage rare du respect de la nature en pleine ville, et un cas d’école d’intégration végétale dans le bâti urbain.
L’empreinte culturelle : la Fondation Cartier pour l’art contemporain
Inaugurée en 1994 au 261 boulevard Raspail, la Fondation Cartier pour l’art contemporain, conçue par l’architecte Jean Nouvel, est l’un des pôles artistiques majeurs du sud parisien. Son bâtiment tout en verre, transparent et végétalisé, se fond dans un jardin semi-sauvage imaginé par le paysagiste Lothar Baumgarten.
La Fondation propose une programmation pointue et internationale, axée sur la création contemporaine, les artistes vivants, les croisements entre disciplines, la photographie, les arts plastiques, la performance. On y a vu des expositions marquantes consacrées à Daido Moriyama, Guillermo Kuitca, Ron Mueck, Raymond Depardon, mais aussi des cartes blanches à des scientifiques, penseurs, ou chamans.
L’espace est conçu comme un lieu d’expérience : on y entre souvent sans savoir ce qu’on va y trouver, et on en ressort transformé. Le jardin, librement accessible en saison, est à lui seul un refuge onirique en pleine ville, avec ses herbes hautes, ses oiseaux et ses installations éphémères.
À faire
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Visiter une exposition à la Fondation Cartier (réservation conseillée le week-end)
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Découvrir les colonnes impériales dans le jardin de l’École spéciale d’architecture lors des Journées du Patrimoine
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Tenter d’apercevoir la cité Nicolas Poussin en longeant le numéro 240, voire en y entrant lors d’expositions d’artistes
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Observer les détails architecturaux au fil du boulevard, notamment autour des intersections avec les rues Campagne-Première et Vavin
À proximité immédiate
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La place Denfert-Rochereau, avec sa statue du Lion de Belfort, la crypte et l’entrée des catacombes de Paris, visite insolite incontournable
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Le cimetière du Montparnasse, grand musée à ciel ouvert avec les tombes de Sartre, Beauvoir, Gainsbourg, Man Ray…
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La rue Campagne-Première, haut-lieu de l’art moderne, avec ses ateliers occupés par Picasso, Braque ou Duchamp
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La Villa Vassilieff, centre d’art installé dans l’ancien atelier de la sculptrice Marie Vassilieff, fréquenté par Modigliani et les artistes de l’École de Paris
Le boulevard Raspail est une artère paradoxale : à la fois fonctionnelle et profondément poétique, traversée chaque jour par des milliers de Parisiens qui ignorent parfois qu’ils longent des fragments de palais disparus, des ateliers secrets, et des jardins d’artistes. Il incarne un Paris discret, cultivé, curieux, qui se mérite et se découvre pas à pas, loin des circuits classiques.







