Le long du Lauch se trouve la rue des Tanneurs. Composée de très hautes maisons à pans de bois datant en général du 17ème et 18ème siècle, la rue était, comme son nom l’indique, le centre de tannerie de la ville. Les artisans faisaient sécher les peaux au dernier étage, dans des greniers que l’on peut encore admirer.
A Colmar, le quartier des Tanneurs est un lieu mythique. Si vous êtes de passage dans la région, vous ne pouvez rater cette escale. Hormis le paysage hors du temps que vous offre Colmar et l’invitation à découvrir une nature authentique, la ville est un lieu qui invite à la découverte, notamment celle des tanneurs. C’est le long du Lauch que vous retrouverez cette rue emblématique. Vous la reconnaitrez à la hauteur de ses maisons à pans de bois dont la plupart date du XVIIIème voire du XVIIème siècle. Comme son nom le reflète si bien, cette rue était le cœur d’une activité à fort dynamisme, la tannerie. Si vous regardez bien en haut sur les greniers, vous verrez, aujourd’hui encore, l’emplacement des peaux qu’on faisait sécher.
Le quartier des Tanneurs à Colmar : mémoire artisanale et splendeur verticale
Dans le cœur ancien de Colmar, lové entre les canaux du Lauch et les ruelles pittoresques du centre-ville, le quartier des Tanneurs est l’un des ensembles architecturaux les plus emblématiques de la ville. Entre les hautes maisons à colombages serrées les unes contre les autres, les cours intérieures cachées, les toits pentus et les greniers ouverts aux vents, il se dégage de ce quartier une impression saisissante d’authenticité, de verticalité, et de mémoire artisanale vivante. C’est ici que battait, du XVIIe au XIXe siècle, le cœur de l’activité de tannerie de la ville, dans une organisation aussi fonctionnelle qu’économe en espace.
Une architecture tournée vers la production
Les maisons du quartier des Tanneurs ne sont pas seulement belles : elles sont profondément liées à leur fonction d’origine. Construites en hauteur, parfois sur cinq à six niveaux, elles intègrent à leur sommet de larges greniers ouverts ou munis de claustras en bois, conçus pour assurer l’aération des peaux pendant leur phase de séchage. Ces espaces supérieurs, visibles depuis la rue, sont encore parfaitement lisibles et constituent des éléments rares d’architecture préindustrielle artisanale. Le reste de la maison était souvent organisé autour d’une cour commune, avec au rez-de-chaussée les ateliers de tannage, et aux étages inférieurs les logements des familles. L’ensemble forme un tissu urbain dense, étroitement lié au canal du Lauch, dont l’eau était indispensable pour les différentes étapes de traitement des peaux.
Une activité ancienne et structurée
La tannerie, à Colmar comme dans toute l’Alsace, était une activité essentielle, mais socialement ambivalente. Si les tanneurs étaient considérés comme des artisans indispensables à l’économie urbaine, ils étaient aussi relégués à des quartiers périphériques ou à proximité des cours d’eau, en raison des nuisances olfactives, des risques sanitaires et de l’utilisation de substances corrosives. À Colmar, cette organisation spatiale se retrouve très nettement dans le tracé du quartier, étiré le long du Lauch, en marge immédiate du centre civique et religieux. On y pratiquait le tannage végétal, utilisant des écorces de chêne broyées, et les peaux traitées étaient ensuite vendues sur les marchés ou exportées vers d’autres villes rhénanes.
Une restauration exemplaire dans les années 1970
Le quartier, après avoir été densément peuplé et parfois insalubre au XXe siècle, fit l’objet dans les années 1970 d’un vaste programme de restauration, mené avec respect et méthode par la Ville de Colmar et les Monuments historiques. Contrairement à d’autres opérations urbaines de cette époque, celle de Colmar a su conserver l’unité de l’architecture, en restaurant les colombages, en stabilisant les structures et en maintenant l’usage résidentiel mixte, ce qui fait du quartier un lieu encore habité, vivant, et non muséifié. La réhabilitation a aussi permis de mettre en valeur les détails sculptés, les escaliers extérieurs en pierre, les inscriptions anciennes et les symboles de corporation encore visibles sur certaines façades.
Une promenade entre art de vivre et mémoire urbaine
Explorer le quartier des Tanneurs, c’est remonter le fil d’une ville façonnée par ses métiers, où chaque fenêtre, chaque poutre et chaque pente de toit raconte une histoire d’eau, de cuir, de gestes techniques et de savoir-faire transmis. On y trouve aujourd’hui des boutiques d’artisans, des galeries, quelques restaurants discrets, mais l’ensemble reste préservé du tourisme de masse. Pour profiter au mieux du lieu, il est conseillé de s’y promener tôt le matin ou en fin d’après-midi, lorsque la lumière joue sur les colombages et que la tranquillité des ruelles permet d’observer les détails des façades. Une balade en barque sur le Lauch, à l’image de la « Petite Venise » toute proche, offre une perspective originale sur les arrière-cours et les maisons autrefois tournées vers l’activité fluviale.
Une transition harmonieuse vers la Petite Venise
Le quartier des Tanneurs marque aussi une transition naturelle vers un autre espace emblématique : celui de la Petite Venise, situé juste en aval sur le même canal. Tandis que la Petite Venise offre des vues de carte postale, avec ses maisons fleuries, ses reflets sur l’eau et ses ponts charmants, les Tanneurs incarnent l’authenticité du travail, la verticalité fonctionnelle et la discrétion du geste quotidien. L’un ne va pas sans l’autre, et les deux quartiers s’enrichissent mutuellement dans l’expérience du visiteur.
Un quartier habité, à écouter autant qu’à regarder
Enfin, il convient de rester attentif aux sons du quartier : les bruits des volets qui claquent, les rires d’enfants, les pas sur les pavés irréguliers, le chant discret du Lauch. Le quartier des Tanneurs n’est pas une vitrine figée mais un fragment de ville où passé et présent se superposent, dans une beauté silencieuse qui se mérite.
