Avant de commencer, deux mots sur le quartier du Marais. Il s’est développé entre les 2 remparts médiévaux de Paris : celui de Philippe-Auguste (à l’emplacement de l’église Saint-Paul-Saint-Louis, c’est à dire un peu avant le métro Saint-Paul, et celui de Charles 5 au niveau de la place de la Bastille à environ 200m. Les terrains marécageux, d’où le nom, sont d’abord devenus des jardins maraîchers de couvent, et plus tard, à la Renaissance, ont été vendus et construits: la création, sous Henri 4, de la Place des Vosges, a stimulé les constructions. Ensuite, le quartier, est devenu le lieu chic de Paris, et s’est couvert d’hôtels particuliers, jusqu’au moment, à la fin du 17e siècle, où l’installation de la cour à Versailles a lancé deux quartiers neufs rivaux: le faubourg Saint-Germain et le Faubourg Saint-Honoré, tous deux situés à l’ouest. Le Marais est alors tombé dans une léthargie durable .
Devenu un quartier très populaire, avec des garages ou des ateliers installés dans les cours ou les jardins des hôtels particuliers, le Marais avait été épargné par le baron Haussmann et ses grands travaux du Second Empire. Il restait à le restaurer, ce qui a été fait à partir des années 1960. Et tel qu’il est, Le Marais est un véritable catalogue de l’architecture aristocratique à Paris, depuis la Renaissance jusqu’au début du 18e siècle. Nous vous proposons maintenant de découvrir le centre de ce quartier au travers de quelques sites représentatifs du grand siècle du Marais : c’est celui qui va des années 1550 jusqu’aux années 1650. Et maintenant, entrons dans la cour du 62 rue Saint-Antoine : cet hôtel particulier a été construit vers 1624 pour le contrôleur des finances Mesme Gallet, et acquis par Sully dix ans après. L’ancien ministre d’Henri 4 avait alors 74 ans et devait vivre jusqu’à l’âge 81 ans.
Tallemant des Réaux a raconté dans ses Historiettes combien le vieux Sully se montrait compréhensif envers sa femme, « ne se tourmentant pas autrement d’estre cocu» et lui donnant chaque mois : « tant pour cela, tant pour cela, et tant pour ses amants ». En outre, Sully aimait se rendre, depuis son jardin, sur la place Royale (l’actuelle place des Vosges), où l’on se moquait un peu de lui, à cause des chaînes en or et des diamants qu’il continuait à porter, à la mode de l’ancien temps. Comme la plupart des hôtels du Marais, l’hôtel de Sully est du type «entre cour et jardin ». Il comprend un logis en fond de cour, éloigné de la rue, des ailes latérales destinées aux communs : écuries et cuisines, et enfin un bâtiment-porche, sur la rue, plus bas que les ailes.
Et de l’autre côté, il y a le jardin. Ce plan apparaît à l’hôtel Carnavalet vers 1550 et sera utilisé jusqu’au 18e siècle pour les nombreux hôtels des faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré. La construction en pierre de taille, à une époque où bâtir en brique et pierre était plus courant, et les bas-reliefs sont encore des points communs avec l’hôtel Carnavalet, que vous verrez tout à l’heure, et des signes de luxe. Regardons les bas reliefs : tout d’abord, les 2 sur le logis : ils représentent l’automne et l’hiver. Et maintenant ceux des ailes qui représentent les 4 éléments : à gauche, nous voyons l’air et le feu et à droite, ils représentent : l’eau et la terre. Dirigeons-nous vers la porte centrale et entrons.
Nous avons maintenant devant nous l’escalier, qui a gardé ses sculptures, et qui est un escalier « rampe sur rampe » : c’est à dire, un escalier dont le milieu est un mur plein qui porte les volées de marches. C’est un plan d’escalier encore Renaissance, que l’on disait d’ailleurs «à l’Italienne», et qui avait remplacé l’escalier à vis. Plus tard apparaîtront les escaliers avec du vide en leur centre, auxquels il faudra donner des rampes justement, de pierre parfois, mais le plus souvent de bois ou de fer forgé . A gauche, par la porte vitrée, nous voyons la grande salle du rez-de-chaussée, avec son plafond à la française, c’est à dire à poutres peintes : c’est aujourd’hui la Librairie du Patrimoine. L’hôtel, acheté et restauré par l’Etat à partir de 1944, est ensuite devenu le siège de la Caisse des Monuments Historiques, renommée aujourd’hui Centre des Monuments Nationaux. Passons dans le jardin : au fond se trouve l’orangerie, construite en même temps que l’hôtel.
Des expositions y sont périodiquement organisées. Quand vous serez dans le jardin, retournez-vous pour regarder la façade arrière de l’hôtel. Sur la façade arrière de l’hôtel, nous voyons les 2 bas-reliefs complétant le cycle des 4 saisons commencé sur la cour : ici, ce sont le printemps et l’été. Au passage, remarquons les lucarnes et voyez comme leur encadrement est étrange. Il semble s’évaser vers le haut. A notre droite maintenant, on a l’aile en équerre qui prolonge le corps de logis, date de 1661 et a été reconstruite à l’identique de l’architecture d’origine. Elle contient, au 1er étage, 2 pièces décorées que l’on peut visiter lors des journées du patrimoine de septembre. Sachez en outre que les pièces du rez-de-chaussée et du sous-sol proposent régulièrement des expositions de photos en partenariat avec le musée du Jeu de Paume.







