Restez sur la rue Charlemagne et arrêtez-vous, un peu plus loin à droite, à l’entrée de la rue du Prévôt. Vous voici à l’entrée de la rue du Prévôt. Très étroite elle doit son nom à l’un de ses habitants célèbres, Hugues Aubriot, prévôt des marchands ou si vous préférez maire de Paris au 14e siècle. Continuez dans la rue Charlemagne jusqu’à la prochaine intersection. A gauche, empruntez la rue du figuier, le figuier en question a été enlevé au début du 17e siècle- A son extrémité, donnant sur une petite place, se dresse la façade d’un des rares hôtels particuliers du moyen-âge encore debout à Paris : c’est l’Hôtel de Sens. Traversez la rue Fauconnier et rejoignez le début de la rue de l’Ave Maria, en face. Vous voici au début de la rue de l’Ave Maria. De là, vous aurez le recul suffisant pour apprécier au mieux la façade de ce fameux hôtel de Sens. Un mot de son histoire tout d’abord. Jusqu’en 1622, Paris n’était qu’un évêché qui dépendait de l’archevêque de Sens. Celui-ci, ayant plus de travail à Paris qu’à Sens, résidait la plupart du temps dans son hôtel parisien. En 1475, Tristan de Salazar, à la fois compagnon d’armes de Louis 12 sur les champs de batailles italiens et archevêque de Sens, fit abattre l’ancien hôtel qu’il jugeait totalement démodé. Son goût pour les arts et pour le faste l’amena à le faire reconstruire dans un style résolument moderne. Achevé en 1519 sous le règne de François Ier, le nouvel hôtel fut vite considéré comme l’un des plus beaux bâtiments du Paris de la Renaissance, comme en témoignait une inscription gravée sur ses murs et effacée depuis : «Tristan, avec un art tout nouveau, releva ce sublime édifice dont la vétusté consommait la ruine. Si le ciel accorde de longs jours à ce grand homme, sa mémoire sera partout célèbre dans la postérité». Ce souhait fut exaucé puisque Tristan de Salazar mourut à 87 ans après une vie particulièrement bien remplie. Par la suite, délaissé par Renaud de Beaune, l’archevêque de Sens des années 1600, l’hôtel fut loué à la fameuse reine Margot, l’épouse répudiée d’Henri IV. Elle en fit rapidement un véritable tripot, fréquenté par une faune aux mœurs plutôt douteuses. Bien qu’elle eût plus de cinquante ans, l’ex-reine n’y était pas la dernière à se livrer à la débauche en compagnie de ses très jeunes amants. Le chroniqueur Tallemant des Réaux en a laissé un portrait impertinent, mais très évocateur : «Elle était coiffée de cheveux blonds, d’un blond filasse blanchi sur l’herbe. Pour cela, elle avait de grands valets de pied blonds que l’on tondait de temps en temps. Elle avait toujours de ces cheveux là dans sa poche de peur d’en manquer ». En 1605, elle changea de terrain d’action et alla s’installer dans l’hôtel du Pré-aux-Clercs, qu’elle venait de se faire construire de l’autre côté de la Seine. Lorsqu’en 1622, Paris devint enfin un archevêché, l’hôtel de Sens fut abandonné par ses premiers propriétaires. Des artisans et divers boutiquiers s’y installèrent alors. En 1911, la ville de Paris le racheta et y fit des travaux de restauration, au demeurant plutôt discutables afin d’y installer la bibliothèque Forney. La façade de l’hôtel est peut-être la partie qui a le moins souffert. Remarquez notamment les deux élégantes tourelles qui atténuent agréablement l’impression générale d’austérité de l’ensemble.

Monuments de Paris
Rares sont les villes à






