Vous voici dans la rue de l’Ave Maria. Ce nom quelque peu inhabituel s’explique par la présence en ces lieux d’une communauté religieuse de béguines, femmes pieuses se consacrant à la prière et aux oeuvres charitables, mais ne vivant pas cloîtrées. Au niveau du numéro 15, une salle de jeu de paume avait été aménagée au 16e siècle le long de l’ancienne enceinte de Philippe-Auguste que nous avons évoquée précédemment. En 1645, Molière, venant du jeu de paume des Métayers, situé rive gauche, s’y installa avec sa troupe « l’Illustre Théâtre ». Mais ses créanciers le poursuivirent sans répit et le firent emprisonner pour dettes dans la prison du Grand- Châtelet. Libéré, il dut quitter Paris et sillonna pendant douze ans les routes de France avant de pouvoir regagner la capitale.
Maintenant, continuez sur la rue de l’Ave Maria puis tournez à gauche, rue des Jardins Saint-Paul. D’un côté, sur la gauche, vous reconnaissez le rempart de Philippe-Auguste. De l’autre, sur la droite, un passage permet d’accéder à l’actuel village Saint-Paul où se sont installés de nombreux antiquaires. Une description historique de ce village Saint-Paul s’impose. Il a été crée en 1358, alors que le roi Jean le Bon était retenu prisonnier en Angleterre, Paris, sous la bannière du prévôt Etienne Marcel, se révolta contre l’autorité de son fils, le dauphin Charles. Une nuit, le palais de l’île de la Cité, où résidait Charles, fut envahi par les émeutiers et le malheureux adolescent ne dut son salut qu’à la fuite.
Vite désavoué, même par ses partisans les plus acharnés, Etienne Marcel fut assassiné et le dauphin fit son retour à Paris acclamé par la population. Une fois devenu roi, à la mort de son père, il s’empressa de quitter le palais de ses ancêtres, beaucoup trop exposé en cas de révolte de la population parisienne. Il le confia aux bons soins d’un concierge et s’installa de l’autre côté de la Seine, non plus dans une seule, mais dans trois résidences royales. A l’ouest, la vieille forteresse du Louvre se transforma en un somptueux palais consacré aux activités politiques et intellectuelles. A l’est, le château de Vincennes conserva une fonction défensive.
Enfin, dans le marais, Charles 5 fit l’acquisition de plusieurs terrains appartenant à des particuliers ou à des monastères. Le tout formant un enclos, appelé hôtel Saint-Paul, s’étendait de la rue Saint-Antoine à la Seine. Il ne s’agissait pas d’un véritable palais au plan régulier, mais d’un ensemble hétéroclite de logis et d’appartements réunis par une douzaine de galeries et de préaux au milieu d’un vaste parc. Dans ces jardins, des volières, des cages pour des animaux sauvages et même un aquarium suscitaient l’émerveillement des invités du roi. Les visiteurs découvraient aussi deux chapelles, l’une pour le roi, ornée des statues des apôtres, et l’autre entièrement peinte pour son épouse. C’est dans cette résidence que Charles 5 recevait ses hôtes de marque.
Ainsi en 1378, l’empereur Charles 4 de Luxembourg y fut accueilli fastueusement. Mais ses fastes ne durèrent pas longtemps et à la mort du roi, en 1380, son successeur Charles 6 sombra peu à peu dans la folie. Seules quelques rares fêtes égayèrent désormais l’hôtel Saint-Paul où le roi vivait ordinairement tapi sous la domination de son frère Louis d’Orléans ou de son épouse, la redoutable Isabeau de Bavière. Quasi abandonné de tous, Charles mourut enfin en 1422 laissant son royaume aux mains du roi d’Angleterre. L’hôtel Saint-Paul fut progressivement morcelé et, coup de grâce, François Ier finit par vendre à des particuliers ce qui restait des bâtiments.
De nouvelles maisons les remplacèrent et, à part le nom des rues avoisinantes -rue Charles 5, rue des lions, rue des jardins Saint-Paul- plus rien ne subsiste des fastes de la résidence de Charles 5. Mais laissons là toute nostalgie. Il y a une trentaine d’années, des antiquaires décidèrent de redonner à ce lieu son cachet. Les façades des immeubles furent alors nettoyées. Les cours furent débarrassées des voitures qui s’y garaient abusivement. Le village Saint-Paul était né.







