Traversons maintenant la rue des Francs-Bourgeois et prenons la rue Payenne, en face de la rue Pavée. Et rendons-nous au n°5 de la rue Payenne. Cette maison d’allure assez ordinaire est celle construite pour lui-même par François Mansart, dit «Mansart le Grand», le fondateur de l’architecture classique française. Il y a vécu plus de vingt ans, en compagnie de sa nièce et de ses petits-neveux, et il y est mort en 1666. L’un de ses petits neveux, Jules Hardouin, deviendra aussi célèbre que lui, sous le nom de Jules Hardouin-Mansart, en ajoutant à son nom celui du prestigieux grand-oncle. Il construira à Paris la place Vendôme et l’église des Invalides, entre autres. Pour beaucoup de gens, d’ailleurs, Mansart est une «marque de fabrique» ; c’est un tout formé de l’œuvre et du grand-oncle et du petit-neveu. Cette maison a eu bien des propriétaires et des locataires ensuite, jusqu’au moment où y a vécu , sous Louis-Philippe, Clotilde de Vaux, le grand amour –platonique précisons le – du philosophe Auguste Comte. C’est pourquoi, peu après 1900, une société formée de disciples brésiliens d’Auguste Comte a acheté la maison et y a fait aménager le seul temple positiviste de Paris : la Chapelle de l’Humanité. Mais qu’est-ce qu’un temple positiviste ? Eh bien, Auguste-Comte, a été à la fois le créateur de la philosophie positiviste, et, dans un deuxième temps, d’une curieuse religion athée dont l’objet est l’Humanité elle-même ; une religion très structurée, avec son catéchisme, ses sacrements, et son calendrier. La façade montre aujourd’hui le buste d’Auguste Comte par le sculpteur Etex, et la devise positiviste : «l’Amour pour principe, l’Ordre pour base, le Progrès pour but». La chapelle du 1er étage est ornée d’un amusant décor néo-gothique. On y voit, placée comme un retable d’autel, une apparence de Vierge à l’Enfant en émail. Elle représente en fait « l’Humanité », sous les traits de Clotilde de Vaux, tenant dans ses bras «l’Avenir ». Et surtout, le long des murs, on voit la représentation de l’étonnant calendrier positiviste inventé par Auguste Comte. Les 13 mois de 28 jours y sont rebaptisés aux noms des grands constructeurs de l’Humanité dont Moïse, Charlemagne, Frédéric le Grand, qui sont représentés par des bustes peints posés sur des colonnes. De plus, chaque jour se voit donner un nom différent : c’est celui d’un plus petit constructeur de l’humanité : 365 noms de jour à mémoriser : une litanie de noms de saints laïcs : savants, poètes, penseurs, bel effort de mémoire en perspective pour les fidèles, non ? Ah, au fait, si vous êtes dans la chapelle : il y a 13 mois, mais 14 bustes peints : cherchez l’intrus : et bien c’est Héloïse, seul buste de femme présent, et qui a été ajoutée en n°14, pour les besoins de la symétrie. Héloïse est l’amante passionnée du théologien et philosophe du moyen âge Abélard.

Monuments de Paris
Rares sont les villes à






