« Le Radeau de la Méduse » de Géricault

Source : Wikimedia

Revenons sur nos pas, retraversons la salle de la Joconde. Arrêtons-nous à l’entrée du salon denon. Juste après la porte de la salle de la Joconde, tournons à gauche. Entrons dans la grande galerie qui est symétrique à la galerie du sacre de Napoléon, de l’autre côté du salon Denon. Approchons du 3e tableau accroché sur le mur de gauche. Nous avons quitté l’Italie de la Renaissance pour nous retrouver en France au 19e siècle. L’artiste qui a peint ce tableau est Théodore Géricault, et le tableau se nomme « le radeau de la méduse » Il a été peint en 1819. Tout d’abord un petit mot pour nous resituer dans le contexte historique de création de cette œuvre. En 1814, a eu lieu la chute de Napoléon, puis la restauration monarchique de Louis 18, frère de Louis 16. Théodore Géricault est un tout jeune artiste. Il a reçu une formation traditionnelle chez un élève de David, puis lâche la bride à sa fougue grâce à une situation financière aisée. Et il crée cette œuvre à 28 ans pour l’exposer au salon. Le salon était alors une exposition annuelle des œuvres des artistes officiels, c’est à dire agréés par l’académie des beaux arts. Géricault choisit de représenter un sujet d’actualité brûlante : le naufrage récent de la frégate « La méduse », au large des côtes du Sénégal. Les canots de sauvetage étant en nombre insuffisant et trop peu rempli, ils devaient remorquer un radeau chargé de 149 personnes. Mais les rameurs des canots, fatigués, coupèrent les cordes, et laissèrent le radeau à la dérive. Les occupants du radeau furent abandonnés pendant 12 jours, sans vivres ni eau à boire. Nombreux furent ceux qui tombèrent à l’eau, poussés par les autres. La démence s’empara des survivants. N’ayant plus rien à manger, ils durent manger les cadavres de leurs compagnons. Avant de regarder ce tableau en détail, essayons de nous représenter le désespoir qui devait régner sur ce radeau. Et maintenant, regardons ces hommes. Nous sommes 12 jours après le naufrage, cela fait 12 jours qu’ils sont abandonnés sur l’eau, ils ont affreusement faim et la soif est insupportable, leurs compagnons sont morts, ils ont dû les manger. Ils se croient perdus, ils se voient déjà mourir à petit feu dans des souffrances atroces, et mangés par les poissons. Ces malheureux ne sont plus nombreux : il n’y a que 15 survivants sur les 149 occupants du radeau. Le radeau compte de nombreux cadavres en décomposition. Et soudain l’un de ces rescapés voit au loin sur la mer infinie, une voile, la voile d’un navire. Regardez la surface de l’océan : à droite, en haut, nous voyons un petit triangle, il s’agit de la voile. Imaginez l’espoir intense qui s’empare de ces hommes : peut-être la fin du calvaire, pouvoir manger, dormir, boire, revoir leur famille, être sauvé, pouvoir vivre. Chacun emploie les moyens du bord pour que le radeau soit repéré par les guetteurs de la vigie : tous tendent la main vers la voile, les corps se tendent, certains à droite agitent des vêtements. Et puis, soudain, la voile s’éloigne, un petit peu d’abord, puis beaucoup puis définitivement. Le désespoir de chacun est d’autant plus intense que chacun, un bref instant, a cru être sauvé. C’est le moment du désespoir le plus intense. Et c’est ce moment-là que Géricault choisit de représenter. Regardez ces visages crispés, et désespérés, ces corps tendus. Ils savent que la mort, atroce, les attend, et qu’ils ne seront pas sauvés. Ce bateau finalement reviendra et les sauvera quelques jours après. On retrouva 15 survivants, sur 149. Ce tableau présente 2 nouveautés primordiales qui rompent par rapport au style à la mode alors, le néoclassicisme hérité de David. Pour la 1ère fois, l’histoire, celle avec un grand « H », est abandonnée et le fait divers contemporain est traité à grande échelle. Et en plus, c’est une actualité brûlante qui est ici traitée et qui sous-entend même un engagement politique : le naufrage déclencha de violentes polémiques contre le ministère de la marine, accusé d’avoir nommé pour commander le bateau un officier incapable et qui n’avait pas navigué depuis 25 ans. Ce naufrage fut mis en rapport par la presse avec le naufrage de la France à cause du gouvernement de Louis 18, en place depuis 4 ans. Il était donc délicat de choisir ce thème, mais Géricault, artiste indépendant, n’hésita pas. Et cette toile est une sorte de photo reportage avant l’heure. 2e rupture : la froideur du néo-classicisme, la représentation de l’héroïsme des personnages de l’antiquité sont abandonnées pour une représentation flamboyante du drame, de l’horreur. Le sujet du tableau est le désespoir total. Et Géricault n’hésita pas à représenter tous les détails crus de cette horreur. Il était allé interroger minutieusement les survivants. Géricault peint ces hommes et ces cadavres avec un réalisme macabre, il fit même des dessins – études de cadavres à la morgue de Paris pour représenter les morts. Il a laissé de nombreuses études de pièces anatomiques. La vérité est représentée d’une façon crue et sans fards. Et pourtant, l’artiste modifie aussi volontairement certains détails pour que l’ensemble soit plus dramatique. Regardez les corps et les visages : leur couleur est-elle naturelle ? Ne la trouvez-vous pas un peu verdâtre ? La couleur est contrastée et lugubre, les hommes sont verdâtres. Géricault a interrogé les survivants, il savait donc que les hommes étaient au contraire devenus cramoisis ; ils étaient atteints d’une maladie qui les rendait rouges. Géricault choisit le vert parce qu’il trouve que cette couleur est plus macabre. Par ces nouveautés, cette toile est considérée comme l’œuvre fondatrice du mouvement romantique en France. Le romantisme est le mouvement qui succède au néo-classicisme. Il est illustré en peinture par Géricault et Delacroix, et en littérature par Victor Hugo, et Chateaubriand. Le romantisme met en valeur le drame et les passions. Lorsque la toile fut exposée au salon, elle entraîne un scandale, un déchaînement de la presse parce que les innovations qu’elle comportait ont choqué les contemporains habitués à des œuvres néoclassiques. 5 ans plus tard, Géricault meurt à 33 ans des suites d’une chute de cheval. Et c’est Delacroix qui reprendra le flambeau. Allons le rencontrer.

Auteur du guide: Julien Laz, grand voyageur ayant visité des centaines de destinations, et fondateur de Cityzeum. Update page : avril 2025

Plan « Le Radeau de la Méduse » de Géricault

Avis « Le Radeau de la Méduse » de Géricault

Note rédaction 0 / 4

Infos pratiques « Le Radeau de la Méduse » de Géricault

  • Adresse : ,
  • Itinéraire vers « Le Radeau de la Méduse » de Géricault : voir la carte

Dans les environs de « Le Radeau de la Méduse » de Géricault

Questions les plus fréquentes des voyageurs

Le Radeau de la Méduse est une peinture emblématique du mouvement romantique du XIXe siècle, réalisée par Théodore Géricault en 1818-1819. Ce tableau représente la dérive du radeau de la frégate Méduse au large des côtes africaines en 1816, suite à une négligence de la part de l’équipage, qui a abandonné 147 naufragés sur un radeau de fortune.

Géricault a choisi de représenter un moment de désespoir et de lutte pour la survie sur ce radeau, où les rescapés sont accablés par la faim, la soif, la maladie et la mort. Les corps sont décharnés et émaciés, et l’on peut voir une hiérarchie brutale se mettre en place, où les plus faibles sont éliminés pour que les plus forts puissent survivre.

Le Radeau de la Méduse est un tableau d’une grande force émotionnelle, qui a choqué les contemporains par sa crudité et sa brutalité. Géricault a réalisé de nombreux croquis et études pour préparer son oeuvre, et a même visité des morgues pour étudier la décomposition des corps.

Aujourd’hui, le tableau est exposé au Musée du Louvre, à Paris, où il est considéré comme l’un des chefs-d’oeuvre de la peinture française. Il est régulièrement étudié dans les écoles d’art et reste un symbole de la lutte pour la survie et de l’humanité face à l’adversité.

Télécharger votre guide Cityzeum de gratuit

Balades guides audio MP3 Cityzeum « Le Radeau de la Méduse » de Géricault

Scroll to Top