Porte ancienne considérée comme une des plus importantes de la Médina de Marrakec, Bab Agnaou (Bab = porte en arabe), pourrait signifier « porte du bélier ». Cette porte est constituée de 4 arcs fromés de demi cercles parfaits et emboités les uns dans les autres. autours des 4 arcs, vous verrez une belle frise décorative. Il s’agit d’un verset du Coran en écriture koufique (du nom de la ville de Koufa en Irak où elle a été crée). La particularité de cette écriture est qu’elle est très géométrique et se prête parfaitement à la décoration architecturale. Ecriture très contrastée avec les formes très fluides des arcs : une des spécificités de l’art islamique. L’origine de cette porte est incertaine, mais son décor sobre l’apparente aux monuments almohades du XIIIème siècle. La porte ancienne de Bab Agnaou s’appuie sur un long mur qui délimite une citadelle qu’on appelle « La Kasbah ». Il s’agit d’une ville dans la ville qui contient la partie militaire et administrative de Marrakech. Une brèche dans la muraille à droite de la porte, permet le passage de la circulation des hommes et des voitures.
Une porte monumentale au cœur de la mémoire de Marrakech
Bab Agnaou est bien plus qu’un simple vestige du passé : c’est une entrée majestueuse dans l’âme historique de Marrakech. Située sur le flanc sud de la Médina, elle constitue l’un des accès les plus emblématiques à la Kasbah, quartier fortifié qui abritait jadis le pouvoir militaire et politique de la ville impériale. Contrairement aux autres portes de la Médina, souvent utilitaires, Bab Agnaou a été conçue comme une véritable œuvre d’art architecturale, au service de la grandeur du pouvoir almohade.
Le nom de la porte reste sujet à interprétation. Certains historiens y voient une contraction du mot berbère signifiant “noir” — une allusion possible à la communauté subsaharienne autrefois présente dans le quartier. D’autres traduisent Agnaw par “bélier”, ce qui pourrait évoquer une symbolique de puissance ou un motif de décoration disparu. Quelle que soit l’étymologie, cette porte reste aujourd’hui l’un des vestiges les plus élégants de l’art militaire almohade du XIIᵉ siècle.
Un chef-d’œuvre de l’architecture almohade
Construite sous le règne du calife Abou Yacoub Youssef (1163-1184), Bab Agnaou illustre à merveille les canons esthétiques de l’époque almohade, où la sobriété des lignes côtoie la richesse ornementale discrète. Haute de près de huit mètres, la porte est creusée directement dans une muraille en pisé renforcé, enduite d’un badigeon ocre qui capte magnifiquement la lumière dorée du soir.
Le portail est structuré autour de quatre arcs concentriques, formés de demi-cercles parfaitement symétriques et emboîtés comme des vagues sculptées dans la pierre. Ces arcs, volontairement dégagés de tout excès décoratif, permettent de focaliser le regard sur la frise qui les entoure. Il s’agit d’un bandeau coranique en écriture koufique, une calligraphie ancienne issue de la ville de Koufa, en Irak, reconnaissable à son style anguleux et rectiligne.
Cette frise constitue un exemple parfait du dialogue formel entre la géométrie stricte de la calligraphie et la fluidité des arcs curvilignes. Cet équilibre entre rigueur mathématique et sensualité des formes est l’une des signatures majeures de l’art islamique du Maghreb et d’al-Andalus. On peut y lire un verset évoquant la protection divine, message approprié pour une porte défensive mais aussi symbolique d’un pouvoir sacré.
Une porte vers la Kasbah, la ville dans la ville
Bab Agnaou n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un système défensif plus vaste, celui de la Kasbah de Marrakech, une enclave fortifiée à l’intérieur de la Médina. Cette “ville dans la ville” fut édifiée à partir de 1184 sous le même calife almohade, dans un souci de contrôler plus efficacement les fonctions stratégiques de la cité. À l’intérieur de ses murs se trouvaient autrefois le Palais royal, les quartiers de la garnison, des jardins privés, ainsi que la mosquée El Mansour, souvent appelée aujourd’hui mosquée de la Kasbah, un chef-d’œuvre à elle seule.
L’emplacement de Bab Agnaou était donc tout sauf anodin : elle faisait office de porte d’honneur pour les dignitaires, les ambassadeurs et les officiers accédant au cœur du pouvoir. Contrairement à d’autres portes secondaires, celle-ci n’était pas destinée aux caravanes ou aux marchands, mais bien à affirmer la majesté de l’État almohade.
Aujourd’hui encore, les vestiges du long mur d’enceinte auquel la porte est adossée témoignent de cette organisation défensive. À droite de Bab Agnaou, une brèche moderne a été aménagée pour permettre la circulation automobile, reflet des compromis entre préservation patrimoniale et adaptation à la vie contemporaine.
Conseils de visite et détails à ne pas manquer
Pour apprécier pleinement la richesse formelle de Bab Agnaou, il est conseillé de s’y rendre au lever ou au coucher du soleil, lorsque les ombres révèlent les moindres détails de la sculpture et que l’ocre du pisé s’embrase. Prenez le temps d’observer les modénatures (sculptures en creux) autour des arcs, notamment les feuillages stylisés et les jeux de redents typiques de l’architecture almohade.
Il est également intéressant de prolonger la visite en entrant dans la Kasbah par la porte, pour découvrir la mosquée de la Kasbah, dont le minaret en zellige turquoise a inspiré celui de la Koutoubia, ou encore les tombs saâdiens, chef-d’œuvre funéraire du XVIᵉ siècle situé à quelques minutes de marche. Une promenade autour des remparts permet aussi de repérer les différences de style entre les différentes portes de Marrakech, dont Bab er-Robb ou Bab Doukkala.
Enfin, si vous cherchez un point de vue inhabituel, placez-vous au centre du carrefour juste devant la porte : c’est là que son profil monumental se révèle le mieux, avec la perspective du mur qui semble se fondre dans la structure. Un lieu parfait pour les passionnés de photographie ou d’histoire de l’art.
