Pour vous rendre à la Maison Tsikiwin à partir de la Médina. Allez au Palais de la Bahia. De la porte d’entrée, sur la rue riad zitoun. Tournez à droite, marchez environ 150m sur le trottoir du riad zitoun, puis vous tournez dans la première ruelle à droite. L’entrée de cette ruelle se présente comme un passage couvert de quelques mètres. Une vingtaine de mètres plus loin, sur votre droite, se trouve l’entrée de la maison tiskiwin. Dans le premier étage, première salle, l’itinéraire est fléché, aucun risque de vous perdre. – La première salle évoque les régions du haut et moyen atlas. Sont exposés ici des objets quotidiens dont une collection de caraques (marteaux à sucre) ainsi que des accessoires décoratifs des hommes pour la fantasia (fête où les cavaliers galopent et tirent ensemble lors des moussems. A voir également, un recueil de louanges au Prophète Mohamed écrit par un grand mystique de Marrakech Sidi Ben Slimane. – La deuxième salle trace l’itinéraire de Marrakech à Touat (oasis berbère à l’est de Marrakech). On y voit surtout une tente de fête berbère ainsi que des outils agricoles mais aussi les objets de parure en bois particularité de la région. – La troisième salle évoque le pays touarègue et les pistes du Hoggar : vous y verrez surtout de magnifiques bijoux en argent et particulièrement des pectoraux triangulaires à motifs géométriques réservés aux hommes. – Dans la 4ème salle, de nombreux objets exposés portent des références à la grenouille (qui symbolise la terre fécondée par la pluie). Les bijoux en forme de grenouille sont des signes de fertilité et des porte-bonheur. Une autre particularité à remarquer est les cuillères : les touarègues sont le seul peuple du sahel à avoir adopté cet ustensile. Les dernières vitrines exposent des vêtements ayant pour fonction d’éloigner les mauvais esprits ce qui démontre la persistance de l’animisme dans ces régions. – Dans la 5ème salle, deux objets sont particulièrement intéressants : une superbe couverture de mariage touarègue et une petite selle de chameau se trouvant à l’extrémité de la salle. Elle est réservée aux femmes ou aux enfants. – Dans la salle n°6, les objets évoquent la piste caravanière occidentale où un thème est particulièrement présent : celui de la guedra (danse dont le nom évoque la jarre recouverte de peau dont on se sert comme tambour. – Dans la 7ème salle, nous voyons des objets provenant de la région de Taroudant.
Une maison-musée confidentielle au cœur de Marrakech
À deux pas du Palais de la Bahia, la Maison Tiskiwin est un véritable trésor caché. Fondée par l’anthropologue néerlandais Bert Flint, installé à Marrakech depuis les années 1950, cette maison-musée propose une plongée unique dans les cultures sahariennes et berbères, à travers une collection ethnographique patiemment constituée pendant plus d’un demi-siècle. À l’écart des circuits touristiques traditionnels, elle séduit les curieux, les passionnés de culture et les amoureux des traditions orales et nomades.
L’accès se fait facilement depuis la rue Riad Zitoun : en partant de l’entrée du Palais de la Bahia, il suffit de marcher 150 mètres puis de s’engager dans une petite ruelle discrète sur la droite, dont l’entrée se présente sous forme de passage couvert. Une vingtaine de mètres plus loin, la porte de la Maison Tiskiwin vous attend. Le parcours intérieur est clairement fléché et suit un itinéraire chronologique et géographique cohérent.
Un parcours immersif sur les routes transsahariennes
Le cœur du musée repose sur une idée forte : suivre les routes caravanières reliant Marrakech au sud du Sahara, jusqu’aux oasis du Touat, aux confins du Hoggar et aux terres touarègues. Chaque salle représente une étape géographique et culturelle, illustrée par des objets authentiques du quotidien ou rituels.
L’espace muséal épouse l’architecture traditionnelle du riad, avec son patio central, ses galeries ouvertes et ses plafonds peints. Mais le parcours ne se contente pas d’enchaîner les vitrines : il raconte un récit. Le visiteur chemine, salle après salle, comme un voyageur sur les pistes sahariennes, découvrant à chaque étape les modes de vie, les croyances, les matériaux, les couleurs, les sons d’un monde profondément enraciné mais en perpétuel mouvement.
Le Haut et Moyen Atlas : entre montagnes et rituels
La première salle évoque les populations berbères de l’Atlas. On y découvre des objets du quotidien comme les caraques, ces marteaux sculptés utilisés pour casser les pains de sucre, souvent transmis de mère en fille. Plus qu’un outil, ils deviennent un marqueur culturel.
Des accessoires de fantasia, tels que des ceintures richement décorées et des étuis de poudre, illustrent l’importance de cette fête guerrière et rituelle où les cavaliers, alignés en tribu, galopent en tirant à la volée. La salle présente aussi un manuscrit rare : un recueil de louanges au Prophète, attribué à Sidi Ben Slimane, grande figure soufie marrakchie, dont la poésie mystique continue d’influencer la culture orale locale.
Vers les oasis du Touat : habitat nomade et artisanat
La deuxième salle nous emmène vers l’est, en direction du Touat. L’objet phare ici est une tente de fête berbère, montée à partir de lanières de laine tissée. Elle révèle la capacité d’adaptation des peuples nomades, mais aussi leur raffinement esthétique. Autour, des outils agricoles en bois sculpté et des objets de parure typiques des oasis mettent en lumière l’ingéniosité artisanale locale.
Chaque pièce exposée est un témoignage vivant des échanges commerciaux, mais aussi culturels, entre les différentes tribus de l’Afrique du Nord. On y observe également des traces d’influence saharienne dans les formes et les motifs des objets décorés.
Le pays touareg : géométrie sacrée et bijoux protecteurs
La troisième salle pénètre dans l’univers touareg, marqué par le silence du désert et l’éclat de l’argent. Les bijoux exposés, en particulier les pectoraux triangulaires réservés aux hommes, sont de véritables œuvres d’art. Ces pièces, portées lors des cérémonies importantes, obéissent à une grammaire symbolique stricte, où chaque motif géométrique a une valeur protectrice ou cosmique.
Ces bijoux ne sont pas de simples ornements, mais des objets d’identité, transmis entre générations et souvent associés à des récits initiatiques.
Symboles animistes et objets porte-bonheur
Dans la quatrième salle, le visiteur découvre un univers où le symbolisme animal joue un rôle central. La grenouille, omniprésente, est un symbole de fertilité et d’abondance, car elle incarne la terre fécondée par la pluie. Des bijoux en forme de grenouille, souvent offerts aux jeunes mariées, servaient d’amulettes protectrices.
Fait étonnant : les cuillères, présentes dans plusieurs vitrines, sont typiques des Touaregs, seul peuple du Sahel à avoir adopté cet ustensile. Ce détail en apparence anodin révèle des différences culturelles profondes et montre l’influence des échanges commerciaux sur les usages domestiques.
Des vêtements décorés de talismans cousus sont également exposés. Ils avaient pour fonction d’éloigner les esprits maléfiques, illustrant la survivance d’un animisme ancien au sein d’un monde majoritairement islamisé.
Objets rares et scènes de vie sahariennes
Dans la cinquième salle, deux pièces majeures retiennent l’attention : une couverture de mariage touarègue, colorée et tissée de symboles protecteurs, et une selle de chameau miniature, réservée aux femmes et aux enfants. Cette dernière, finement sculptée, témoigne de la manière dont les sociétés nomades organisent les rôles et les statuts sociaux jusque dans leurs objets du quotidien.
La guedra : danse et mémoire collective
La sixième salle est consacrée à la piste caravanière occidentale, marquée par la culture de la guedra, une danse traditionnelle des peuples sahariens. Le nom vient d’une jarre recouverte de peau, utilisée comme tambour. Pratiquée uniquement par les femmes, cette danse aux mouvements hypnotiques est à la fois un rituel de séduction et un acte de mémoire culturelle.
Autour de ce thème, on trouve des instruments de musique, des costumes cérémoniels et des objets du rituel quotidien, tous chargés de sens.
Taroudant : art populaire et traditions vivantes
La dernière salle est dédiée à la région de Taroudant, au sud-ouest du Maroc. On y observe des objets plus rustiques mais très expressifs : outils agricoles, bijoux de cheville, amulette de protection, autant d’objets du quotidien qui révèlent la richesse du patrimoine rural marocain.
L’ensemble du musée se clôt ici, ramenant le visiteur dans les contreforts de l’Atlas, là où commencent et se terminent les grandes routes du Sud.
Conseils pratiques pour une visite enrichissante
La Maison Tiskiwin ne se visite pas à la hâte. Comptez 1h30 à 2h pour explorer pleinement les sept salles et apprécier la richesse des objets. Le meilleur moment pour visiter est le matin, quand la lumière naturelle filtre dans les galeries et que l’ambiance reste calme.
Il n’y a pas de boutique ni de café sur place, mais les environs du Palais de la Bahia regorgent de petites échoppes artisanales où il est possible de prolonger la visite par un thé à la menthe ou un achat local. Prévoyez un carnet pour noter les nombreux détails culturels et symboliques, souvent absents des musées plus institutionnels.
La Maison Tiskiwin n’est pas un musée figé : c’est une invitation au voyage, au déchiffrement, à la découverte des peuples du désert. Pour les amateurs d’ethnographie, de symbolisme et d’histoire vivante, c’est une étape incontournable à Marrakech.
