Safari humain : la face sombre du tourisme sur les îles Andaman

L’archipel des îles Andaman, situé dans le golfe du Bengale et rattaché à l’Inde, abrite deux populations indigènes isolées du reste de la civilisation : les Jarawa et les Sentinelle. Malgré l’établissement d’une réserve pour les Jarawa en 1957, des colons et des entrepreneurs organisent des “safaris humains” pour les touristes, leur permettant d’observer les indigènes dans leur vie quotidienne comme des animaux. Ces pratiques choquantes mettent en danger la vie des Jarawa, exposés aux maladies, abus sexuels et perte d’identité. L’ONG Survival International se bat pour la protection des droits des populations indigènes des îles Andaman, dont la survie est menacée par ces pratiques inhumaines.

Tout au bout du monde, dans l’archipel des îles Andaman, vivent encore des populations largement isolées du reste de la culture mondiale. Totalement isolées ? Pas tout à fait. Des tours opérateurs peu scrupuleux organisent en effet des Human Safari Tour

Dans le golfe du Bengale, les îles Andaman sont un lieu qu’on l’on qualifierait facilement de paradisiaque : sable blanc, magnifiques plages, climat tropical… longtemps fermées à tous visiteurs, les îles Adaman servaient notamment de base aux militaires indiens.

Jarawa et Sentinelle

L’archipel est en effet un territoire rattaché à l’Inde, depuis 1947. Deux populations indigènes habitent alors les îles Andaman : les Jarawa, les plus nombreux, et les Sentinelle, réunis sur un petit îlot solitaire. Ces deux peuples de chasseurs-cueilleurs sont restés isolés durant des milliers d’année, conservant des modes de vie extrêmement simples, et refusant dans l’ensemble tout contact avec la civilisation extérieure.

On estime à 60000 ans l’époque de l’établissement de ces populations sur l’archipel ; ils sont originaires d’Afrique, et ne partagent pas de traits communs avec les populations indiennes d’aujourd’hui : peau très foncée, cheveux crépus…

Une réserve est créée en 1957 au profit des Jarawa, mais leur tranquillité fut brisée par un effort de l’état indien pour la colonisation de l’archipel des Andaman. Ainsi, la construction d’une route traversant toute l’île coupe le territoire Jarawa, dont l’existence, au contact de cette invasion extérieure, est largement menacée : les colons s’approprient des terres, chassent dans la réserve, tandis que des entrepreneurs organisent pour les touristes de véritables safaris humains…

Populations en pâture

Tout fonctionne comme un vrai safari : il suffit de s’adresser à un tour opérateur ”spécialisé”, puis d’embarquer dans un bus sur la route traversant la réserve Jawara : les touristes observent à loisir les Jarawa dans leur vie quotidienne, de la même manière que l’on observe des animaux dans un safari classique. Des vidéos ont révélé des comportement extrêmement choquant de la part des visiteurs, pour lesquels le respect humain n’est qu’une très vague notion apparemment.

Réminiscence du mythe du bon sauvage, voyeurisme, jeux inhumains… le circuit est même émaillé de signes indiquant aux touristes de ne pas nourrir ni donner de vêtements aux autochtones. Pourtant, beaucoup ”s’amusent” à distribuer à manger en échange de danses et autres humiliations infligées aux indigènes.

On peut déjà avoir un haut le coeur à ce stade. Il faut également souligner que les Jarawa, exposés de la sorte aux influences extérieures, courent un grand danger : maladies, abus sexuels, perte de leur identité, forte mortalité… leur disparition pure et simple.

Survival : protéger les peuples des îles Andaman

Comment le savoir ? C’est tout simple : l’histoire ne fait que se répéter puisqu’un autre peuple de l’archipel, les Grands Andamanais, ont de la même manière quasiment totalement disparus : une quarantaine subsistent tout au plus ! De nos jours, les Jarawa sont estimés à 400 individus, grand maximum…

L’ONG Survival International, qui vise à protéger les droits des populations indigènes à travers le monde, se bat pour la protection des Jarawa et autres peuples premiers des îles Andaman.

N’hésitez pas à consulter le site de Survival pour des informations complètent sur les Jarawa et leurs conditions de vie actuelles : www.survivalfrance.org

Autre cas inquiétant que défend Survival dans les Andaman, celui des Sentinelle, considérés comme l’un des peuples les plus isolés du monde. Ces derniers, dont la population exacte n’est pas connue mais estimée à 200 individus dans le meilleur des cas, vivent sur une petite île, North Sentinel, totalement détachée du monde.

Ceci est un avantage, car les Sentinelle évitent ainsi les incursions non voulues, d’autant plus que ces derniers accueillent par des flèches le moindre visiteur. Certains inconscients y ont laissé la vie. Une hostilité qui leur a permis de demeurer à l’écart de toute influence extérieure : on peut être sûr qu’aucun touriste ne s’aventurera sur North Sentinel…

 

L’impact du tourisme et des infrastructures sur les Jarawa et les Sentinelle

La déforestation et la construction de routes

La construction de routes et l’exploitation des ressources naturelles dans les îles Andaman ont un impact dévastateur sur les populations indigènes, en particulier les Jarawa. L’édification de l’Andaman Trunk Road (ATR), une route traversant la réserve des Jarawa, a fragmenté leur territoire et facilité l’accès des colons et des touristes. Cette intrusion a non seulement perturbé leur mode de vie traditionnel, mais a également conduit à la déforestation, menaçant les ressources naturelles essentielles à leur survie. La construction de cette route a entraîné une destruction massive de la forêt tropicale, habitat naturel des Jarawa, perturbant leur environnement et leur mode de vie traditionnel.

Les effets de la déforestation

  • Perte de biodiversité : La déforestation entraîne une perte significative de biodiversité, privant les Jarawa de nombreuses espèces végétales et animales essentielles à leur alimentation, leur médecine traditionnelle et leurs pratiques culturelles. La diminution des ressources naturelles les oblige à dépendre davantage des ressources extérieures, ce qui compromet leur autonomie.
  • Érosion des sols : La déforestation accélère l’érosion des sols, rendant les terres moins fertiles et affectant négativement l’agriculture de subsistance pratiquée par les indigènes. Cette érosion entraîne également des glissements de terrain, augmentant les risques pour les habitations et les cultures des Jarawa.
  • Changement climatique local : La perte de couverture forestière modifie le microclimat local, entraînant des variations de température et de précipitations qui rendent les conditions de vie plus difficiles pour les Jarawa. Ces changements climatiques locaux perturbent également les cycles agricoles et les habitudes de chasse et de cueillette des indigènes.

Menaces pour la santé

L’intrusion des étrangers dans la réserve Jarawa introduit des maladies contre lesquelles les indigènes n’ont aucune immunité. Des épidémies de rougeole, de grippe et d’autres maladies ont déjà décimé des populations indigènes dans le passé. Les contacts fréquents avec des touristes et des colons augmentent le risque de telles épidémies. Les Jarawa, n’ayant pas été exposés à ces maladies auparavant, sont extrêmement vulnérables et peuvent subir des pertes de vie considérables. De plus, les interactions non surveillées peuvent entraîner des abus sexuels et d’autres formes d’exploitation, aggravant la situation sanitaire et sociale des Jarawa.

Les Sentinelle : une résistance fragile

Les Sentinelle, en raison de leur isolement extrême et de leur hostilité envers les étrangers, ont jusqu’à présent réussi à éviter le sort des Jarawa. Cependant, leur survie reste précaire. L’augmentation du tourisme et des activités de pêche autour de North Sentinel Island pose un risque potentiel de contact et de contamination. Les pêcheurs illégaux et les aventuriers cherchent à s’approcher de l’île, mettant en danger les Sentinelle qui, bien que protégés par leur isolement, restent vulnérables aux maladies et à l’invasion de leur territoire. Toute interaction, même minimale, pourrait avoir des conséquences désastreuses pour ce peuple extrêmement isolé.

Efforts de protection et solutions

L’ONG Survival International continue de plaider pour des mesures plus strictes de protection des territoires indigènes. Ils préconisent des actions concrètes et urgentes :

  • La fermeture de l’Andaman Trunk Road : Pour éviter de nouvelles incursions dans la réserve Jarawa, cette route doit être fermée et des alternatives doivent être trouvées pour le transport local, respectant les droits et la tranquillité des Jarawa.
  • La surveillance stricte des frontières des îles : Pour empêcher tout contact non désiré avec les Sentinelle, une surveillance rigoureuse par les autorités indiennes et internationales est nécessaire. Cela inclut l’interdiction stricte de toute activité de pêche ou touristique autour de North Sentinel.
  • La sensibilisation et l’éducation des touristes : Pour réduire la demande de “safaris humains” et promouvoir un tourisme responsable, des campagnes de sensibilisation doivent être lancées. Les touristes doivent être informés des conséquences de leurs actions et encouragés à respecter les droits et la dignité des peuples indigènes.

 


Auteur du guide: Julien Laz, grand voyageur et fondateur de Cityzeum

mis à jour le January 14, 2026

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