
Allemagne
Caractérisée par ses charmants villages
Apparu sous l’égide du développement durable, le tourisme responsable, tendance phare de ces dernières années, allie développement économique local et préservations des ressources culturelles et naturelles. Fort de son succès commercial, le Salon Mondial du Tourisme lui consacre un espace. États des lieux d’un secteur en plein envol.
« Démarche long terme », « valorisation de l’espace culturel et environnemental », « qualité de service et préservation de l’environnement », « action pour le bien collectif des populations locales », au Salon Mondial du Tourisme, des grands groupes aux initiatives individuelles, chaque représentant du tourisme responsable y va de sa définition. Malgré leur différence, une constante se dégage : un tourisme motivé par l’idée de respect de soi-même, des autres et de l’environnement.
À partir de ce socle commun, chacun privilégie certaines valeurs. Les petites entreprises familiales et initiatives indépendantes insistent sur l’idée de rencontre et de voyage participatif (centré autour de l’implication des voyageurs). C’est le cas d’Initiative Kamoya, association créée en 2009, qui fonde son activité sur la base du volontariat : au cours de voyages solidaires d’une durée minimale de 2 semaines en Casamance au Sénégal, les voyageurs contribuent financièrement et techniquement au développement de la région et entrent en contact avec la population locale.
Dans une moindre mesure, le site éco-touristique Echologia situé à Laval s’inscrit aussi dans la logique de l’engagement des visiteurs qui acceptent de renoncer à une partie du confort moderne pour des pratiques rationnalisant l’utilisation de l’eau (toilettes sèches, réserves d’eau potable). Là encore, le site se veut un lieu d’échange en permettant aux voyageurs et porteurs du projet, réunis autour d’une même philosophie, de se rencontrer.
À l’inverse, la stratégie des grands groupes n’est pas basée sur le renoncement de la clientèle (qui ne ressent pas de différence dans sa façon de voyager) mais sur la transparence et l’éveil des consciences. Les initiatives en ce sens restent toutefois assez limitées : produits bios et locaux, étiquetage environnemental (qui chiffre l’impact écologique des produits et services) pour certains hôtels Best Western et éco-comparateur (qui permet de comparer le bilan carbone des différents modes de transports) pour la SNCF.
Le tourisme responsable dans sa forme participative, touche une clientèle déjà sensibilisée aux valeurs du développement durable, encline à voyager autrement et donc à sacrifier une partie de son confort.
Par ailleurs, les formes de voyage du tourisme responsable sont généralement assez coûteuses et les prix de vente sont indéniablement supérieurs aux prix des produits du tourisme de masse. Il en résulte une clientèle-cible relativement aisée.
L’offre du tourisme responsable s’adresse donc à un public restreint. Dès lors, la capacité du secteur à se démocratiser et à s’installer sur le long terme demeure incertaine.
Difficile de s’y retrouver dans un contexte où les offres de voyages « éco touristiques », « natures » ou « éthiques » pullulent sans qu’aucun cadre normatif indépendant n’ait été mis au point. Dès lors, comment distinguer les offres fiables des arnaques de l’écotourisme ? Car souvent, et particulièrement dans les pays du Sud, sous des dehors de tourisme durable, se cache un tourisme de masse des plus conventionnels.
De nombreuses entreprises touristiques construisent des complexes hôteliers qui par le simple fait de leur implantation en pleine nature s’auto qualifient de « verts » sans qu’aucun effort ne soit fait en ce sens : air climatisé, raids en 4×4, piscines avec pour conséquences des effets dévastateurs sur les écosystèmes. A l’heure où les labels plus ou moins valides et les chartes internes parfois fantasques se multiplient, seule l’instauration d’un label officiel et universel stigmatisera les offres douteuses et opportunistes et redonnera toute sa crédibilité au tourisme responsable.
Le rapport des consommateurs au tourisme responsable est parfois emprunt de schizophrénie. A quoi bon opter pour un séjour éco responsable à l’étranger si c’est pour s’y rendre en avion (dont l’empreinte écologique est très lourde) ? Une telle attitude annule tout bonnement les bienfaits environnementaux tirés de la démarche durable.
Dans la même veine, les hôtels Best Western maitrisent eux aussi l’art de la contradiction. Si certains hôtels de la chaîne se targuent d’être estampillé « écolabel européen », cela ne les empêche pas de disposer de piscines à débordement, spas, saunas, jacuzzi et parcours de golf. Une démarche plus marketing qu’engagé qui se heurte à la difficulté voire l’impossibilité de concilier luxe et écologie.
Le tourisme responsable vise à minimiser l’empreinte écologique des voyages en encourageant des pratiques respectueuses de l’environnement. Parmi les initiatives les plus courantes, on trouve l’utilisation de modes de transport moins polluants, comme le train ou le covoiturage, ainsi que la promotion de l’hébergement écologique. De nombreux hôtels et gîtes se sont engagés à réduire leur consommation d’énergie, à utiliser des sources d’énergie renouvelable et à mettre en place des systèmes de gestion de l’eau efficaces. La réduction des déchets, l’usage de produits locaux et biologiques, ainsi que la préservation des habitats naturels sont également des aspects cruciaux du tourisme responsable.
Le tourisme responsable ne se limite pas aux aspects environnementaux. Il comprend également une dimension sociale importante, visant à apporter des bénéfices économiques et sociaux aux communautés locales. Cela inclut le soutien à l’artisanat local, la promotion de la culture et des traditions, ainsi que la création d’emplois. Des programmes de volontariat et des projets de développement communautaire permettent aux voyageurs de contribuer directement au bien-être des populations locales.
Pour garantir la crédibilité des initiatives de tourisme responsable, divers labels et certifications ont été développés. Parmi les plus reconnus, on trouve le label Green Key, l’Écolabel Européen, et Travelife. Ces certifications évaluent les pratiques environnementales et sociales des entreprises touristiques, assurant aux consommateurs que leurs choix de voyage sont réellement durables. Toutefois, l’absence d’une norme universelle complique parfois la distinction entre les offres véritablement responsables et celles qui utilisent le greenwashing.
Bien que le tourisme responsable gagne en popularité, il reste souvent inaccessible à une large part de la population en raison de coûts plus élevés. Pour que ce type de tourisme se démocratise, il est crucial de développer des offres accessibles à toutes les couches sociales. Cela pourrait inclure des subventions publiques, des incitations fiscales pour les entreprises touristiques responsables, ou encore des campagnes de sensibilisation visant à promouvoir des pratiques de voyage durables auprès du grand public.
Certaines initiatives réussissent à allier respect de l’environnement, bénéfices pour les communautés locales et accessibilité financière. Par exemple, des programmes de tourisme rural en Europe permettent de découvrir des régions authentiques tout en soutenant les petits producteurs locaux. En Asie, certains projets de tourisme communautaire, comme ceux menés en Thaïlande ou au Laos, offrent aux voyageurs l’opportunité de vivre des expériences authentiques tout en contribuant directement à l’économie locale.
Auteur du guide: Julien Laz, grand voyageur et fondateur de Cityzeum
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