Si l’île est pourvue d’un tel nom, c’est en raison du nombre faramineux de cerfs qui gambadent en toute liberté. En effet, 75 000 têtes cornues ont été recensées sur l’île, ce qui prouve bien que l’animal se plait sur ces terres. Ce n’était pas gagné d’avance car ces cerfs mauriciens sont en fait originaires de Java d’où ils furent importés à l’aube du XVIIe siècle par les Hollandais. Certains sont élevés pour finir en steack dans l’assiette des touristes, très nombreux à venir découvrir ce bout de terre perdu en plein Océan Indien. D’où une surexploitation de l’île qui agace quelque peu lorsque l’on imagine combien cette île devait être idyllique. Rassurez-vous tout de même, elle est encore dotée de bien des charmes.
L’île aux Cerfs : perle turquoise entre nature sauvage et tourisme balnéaire
Située au large de la côte est de l’île Maurice, dans le lagon cristallin de Trou d’Eau Douce, l’île aux Cerfs est l’une des excursions les plus populaires de l’archipel. Réputée pour ses plages immaculées, sa végétation luxuriante, ses activités nautiques variées et son cadre paradisiaque, elle attire chaque jour des centaines de visiteurs venus profiter d’un décor de carte postale. Pourtant, derrière l’image idyllique, cette île cache une histoire insolite, liée à la présence inattendue de cerfs en liberté, devenus malgré eux le symbole de ce petit morceau de terre.
Une île nommée pour ses habitants cornus
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les cerfs de l’île ne sont pas une espèce endémique. Ils furent introduits au début du XVIIe siècle par les colons hollandais, alors en quête de gibier pour la chasse et la consommation. Originaires de Java, ces cervidés, probablement du type Rusa timorensis, se sont rapidement adaptés au climat mauricien et à la végétation des îlots du lagon. À leur apogée, on estime que plus de 75 000 individus peuplaient la région, une densité impressionnante qui justifia le nom donné à cette île : l’île aux Cerfs. Aujourd’hui encore, certains de ces animaux y vivent, bien que leur nombre soit régulé, entre zones de liberté relative et élevages à vocation touristique et gastronomique. La viande de cerf, appréciée pour sa finesse, est servie dans plusieurs établissements de l’île, même si cet usage suscite parfois un débat écologique et éthique, notamment en lien avec la surfréquentation touristique.
Un site exceptionnel… mais sous pression
Longtemps considérée comme une île vierge, l’île aux Cerfs a connu un développement touristique rapide, en particulier à partir des années 1990. L’arrivée de complexes balnéaires haut de gamme, l’aménagement d’un parcours de golf de 18 trous dessiné par Bernhard Langer, et la multiplication des activités nautiques motorisées ont progressivement transformé l’équilibre écologique du site. Aujourd’hui, bien que l’île conserve une beauté incontestable, avec ses lagons translucides, ses fonds coralliens, ses plages de sable blanc bordées de filaos, et ses anses discrètes, certains visiteurs soulignent une certaine perte d’authenticité, accentuée par la fréquentation massive en haute saison. Le ballet incessant des bateaux-taxis, catamarans et scooters de mer contraste avec la quiétude naturelle que l’on imagine encore pouvoir trouver ici.
Des activités variées dans un cadre enchanteur
L’île aux Cerfs n’en demeure pas moins une destination de loisirs complète, particulièrement appréciée pour les excursions à la journée. On y accède depuis Trou d’Eau Douce en quelques minutes de bateau rapide. Une fois sur place, le choix est vaste : baignade dans des lagons peu profonds, plongée en apnée, balade sur les plages bordées de filaos, ou encore déjeuner pieds dans l’eau dans les restaurants installés sous les palmiers. Le parcours de golf est considéré comme l’un des plus beaux de l’hémisphère sud, avec une vue spectaculaire sur le lagon à chaque trou. Pour les amateurs de sensations, des activités comme le parasailing, le sea walk (marche sous-marine avec casque), ou le ski nautique sont proposées tout au long de la journée. Des espaces de détente plus calmes existent également pour ceux qui souhaitent simplement profiter du bruit des vagues, lire à l’ombre ou pique-niquer en toute simplicité.
L’envers du décor : préserver un équilibre fragile
La surexploitation touristique de l’île a suscité au fil des années des prises de conscience écologiques, bien que tardives. Les autorités et opérateurs privés ont mis en place certaines mesures pour limiter l’impact environnemental, comme la régulation des flux de visiteurs, la restauration de certaines zones endommagées, et des campagnes de sensibilisation au respect de la faune et de la flore locales. Si ces initiatives restent encore timides, elles traduisent une volonté de trouver un équilibre durable entre exploitation touristique et préservation de la biodiversité. Les cerfs, bien qu’icônes du lieu, ne sont plus laissés en totale liberté sur toute l’île. Leur gestion est encadrée, et certaines zones sont aujourd’hui interdites d’accès au public pour permettre le repos de la nature.
Conseils pratiques pour profiter pleinement de l’île
Pour éviter les foules, privilégiez une arrivée tôt le matin, entre 8h et 9h, ou une excursion en fin d’après-midi, lorsque les bateaux repartent. Des prestataires proposent des sorties en catamaran incluant barbecue, snorkeling et arrêt sur l’île, idéales pour découvrir le site en douceur. Emportez de quoi vous protéger du soleil (crème, chapeau, lunettes), de l’eau en quantité suffisante et des chaussures pour marcher sur les zones rocheuses. Il est conseillé de réserver les activités nautiques à l’avance, notamment le golf ou le parasailing.
Une île à découvrir sans illusions, mais avec curiosité
L’île aux Cerfs reste une étape incontournable à Maurice, pour ses paysages de carte postale, son accessibilité et la diversité de ses activités. Il faut cependant l’aborder avec lucidité, en étant conscient de son évolution et des enjeux qu’elle soulève. Derrière le décor paradisiaque se joue une cohabitation parfois délicate entre nature, loisirs et tourisme de masse. Mais en choisissant les bons moments, les bons prestataires et en posant un regard attentif sur ce qui vous entoure, l’île vous livrera encore une partie de ses charmes sauvages et de son histoire singulière.
